Pourquoi les jeunes Français voient l'avenir en gris


Une étude internationale de la Fondation pour l'innovation politique pointe le malaise des jeunes dans les pays développés, en particulier en France, et en cherche les causes. No future ?




Le moral en berne des jeunes Français.

Pourquoi les jeunes Français voient l'avenir en gris
De manifestations étudiantes en grogne lycéenne, en passant par des émeutes urbaines, le constat se banalise. La jeunesse des pays développés est en plein malaise. Cette étude, qui porte sur des pays européens, américains et asiatiques, le confirme une nouvelle fois. En particulier en France. Seuls 26% des jeunes Français se déclarent optimistes face à leur avenir. C'est mieux que le Japon où il n'y a que 5% d'optimistes, mais bien moins bien que chez les Danois (60%) ou les Américains (54%). Mais alors d'où provient ce malaise ?

L'individu autonome, un modèle forgé par les Lumières

La société française, comme dans les autres pays développés, conjugue l'héritage du siècle des Lumières à l'influence de la mondialisation. La philosophie des Lumières place l'homme au centre de la société. Celui-ci ne doit plus se définir par rapport à sa communauté, sa religion, sa corporation, sa parenté... mais par lui-même. C'est à l'individu de se créer sa propre identité. Autonome des héritages et des liens qu'il a pu avoir. La mondialisation reprend cette vision de l'Homme. Elle qui a besoin d'individus flexibles, à forte capacité d'adaptation, met aussi en avant l'individu autonome.

Une trop grande importance accordée aux diplômes ?

copyright : Fotolia
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C'est bien de ce processus d'individualisation, qui consiste à prendre seul les décisions qui doivent régir sa vie, que naît le pessimisme des jeunes Français. D'après le sociologue François de Singly, ils se sentent dépossédés du choix de leur vie. Seulement 22% de Français – contre 51% d'Américains – déclarent ''avoir une liberté complète et le contrôle de leur propre avenir."

Comment l'expliquer ? Par une trop grande importance accordée aux études et aux diplômes en France pour de Singly. "Le poids donné à celui-ci a pour effet de diminuer le sentiment de maîtrise de sa vie, puisque c’est l’institution scolaire qui fixe, dès l’entrée dans l’âge adulte, le parcours professionnel".

Pourquoi les jeunes Français voient l'avenir en gris
Cette difficulté à cerner l'avenir est d'autant plus grande, qu'il est très difficile pour les jeunes d'entrer sur le marché du travail. CDD, stages, périodes d'essais se multipliant sans cesse. "Les difficultés rencontrés par les jeunes Français dans ce domaine témoignent d'une stratégie, consciente ou non, des générations d'adultes pour les maintenir dans une interminable jeunesse", estime François de Singly.

Une stratégie qui ne développe pas non plus l'esprit d'entreprise. Seuls 21% des jeunes Français, contre 38% des Allemands et 89% des Chinois pensent que c'est une valeur à développer dans l'éducation.

Des conséquences pour la société

Mais au fond, est-ce grave ? Ne faut-il pas que la jeunesse passe ?
Non répondent les sociologues. Ce malaise pourrait avoir des répercussions bien plus importantes sur l'avenir de la France que l'on pourrait le penser. "Aujourd’hui, en misant tout sur l’acquisition de diplômes et en repoussant l’installation des jeunes sur le marché du travail, y compris par l’abus des stages et de la justification – non justifiable – du "manque d’expérience", les générations d’hommes et de femmes qui ont une activité professionnelle prennent un double risque."

Pour eux-mêmes tout d'abord. L'étude montre déjà qu'aujourd'hui, seuls 11% des jeunes Français se déclarent prêts à cotiser pour les retraites des futurs retraités, contre 32% aux Etats-unis et 63% en Chine.

Danger auquel il faut ajouter celui du vieillissement du pays. Pas seulement un déclin biologique, mais dans un monde en mouvement, un non-renouvellement des idées.

Pour en savoir plus

Pourquoi les jeunes Français voient l'avenir en gris
Les jeunesses face à leur avenir : une étude internationale.
Dirigée par Anna Stellinger et Raphaël Wintrebert, l'enquête a été réalisée auprès de 20 000 personnes dans 17 pays en Europe, en Asie et aux Etats-Unis. Elle scrute les aspirations de la jeunesse, son regard sur la famille, l'emploi, la société dans son ensemble. Elle a été réalisée sous l'impulsion de la Fondation pour l'innovation politique, lieu de recherche et de débat sur la politique, l'Europe et la société. Elle peut être télécharger sur son site (www.fondapol.org).

Mercredi 11 Mars 2009
Charles Baldini

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