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Pilote de ligne : un bureau dans le ciel

C'est un métier de rêve mais pour y parvenir, mieux vaut ne pas être totalement dans les nuages. Aujourd'hui plus que jamais, ne s'assied pas qui veut aux commandes d'un Airbus. Sélection sévère, formation exigeante... pourtant depuis un an, des vents favorables font décoller l'emploi.



Pilote de ligne : un bureau dans le ciel
"J'ai toujours aimé les avions, raconte Vincent. Tout petit, j'ai eu envie de voler". "Je n'ai jamais envisagé autre chose", dit un jeune pilote Air France. Si le métier passion existe, c'est bien celui de pilote. Pourtant pour beaucoup, il faut une incroyable volonté et pas mal de chance pour faire de son rêve une réalité.
D'abord parce que le métier, s'il attire, reste mal connu. A côté du prestige de l'uniforme de commandant de bord, des machines incroyables à piloter, des voyages, il y a l'autre versant. Etre toujours au top, devoir se former sans cesse, assumer le stress, la fatigue des décalages horaires, les départs continuels pour plusieurs jours loin de sa famille. Si vous êtes tenté, mieux vaut donc connaître le métier sous toutes ses facettes.

Dans le cockpit d'un avion de ligne

Pilote de ligne : un bureau dans le ciel
Déplaçons-nous dans le cockpit d'un Airbus A320, la machine dans laquelle sont lâchés les jeunes pilotes débutants d'Air France par exemple. Deux pilotes vont assumer chaque voyage : le copilote (ou copi) et le commandant de bord (CDB), pilote de ligne qui a pris de la bouteille et du galon. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, ce n'est pas systématiquement le commandant de bord qui pilote et le copi qui assiste, mais avant le départ, ils se répartissent indifféremment les tâches : l'un, le CDB ou le copi, va assurer la trajectoire et la tenue machine en tant que "pilote en fonction" (PF), tandis que l'autre, le "pilote non en fonction" (PNF) va assurer la surveillance mécanique et les communications radio. Par contre, le commandant de bord reste le patron du vol et de toute l'équipe des "personnels navigants" : copilotes, hôtesses et stewards. En cas de problème, c'est à lui de prendre une décision et vite : panne, mais aussi incident avec un passager, retard, grève du contrôle aérien, etc.

Des qualités intellectuelle et humaines

Pilote de ligne : un bureau dans le ciel
Les qualités à avoir sont donc nombreuses : rigueur intellectuelle, bonne mémoire, vivacité d'esprit sont des préalables... Car si le pilotage est de plus en plus automatisé, encore faut-il être chaque jour au mieux de sa forme pour appliquer les fameuses procédures : ces listes de gestes et de consignes associés à chaque étape du pilotage et à toute situation normale ou anormale sont à connaître parfaitement pour être appliqués de façon quasi-automatique. Aujourd'hui un pilote de ligne européen doit aussi avoir un excellent niveau d'anglais courant. Comprendre absolument tous les accents, et toutes les conversations sur tous les sujets, jeux de mots compris. Trop d'accidents dans le passé ont été dus à une mauvaise compréhension entre pilotes de nationalité différente parlant un anglais approximatif ! Depuis le début 2008, l'Organisation de l'aviation civile internationale (OACI) a donc élevé le niveau d'anglais exigé de tous les pilotes du monde.
Restent ensuite les qualités humaines, tout aussi importantes quand on sait là encore que les "facteurs humains" (qui désignent en fait de mauvaises relations) sont responsables aussi de bien des erreurs de pilotage. On demande donc au pilote et tout particulièrement au commandant de bord, d'avoir le sens de l'écoute, du relationnel, d'être posé, mais en même temps de savoir décider et de faire appliquer sa décision à tout l'équipage. Il faut qu'il y ait un pilote dans l'avion !

Une bonne condition physique : la visite médicale de classe 1

Tout ceci va évidemment avec une excellente condition physique qui est d'ailleurs un préalable à toute entrée en formation. Pour savoir si vous êtes bon pour le "service", il faut donc passer une visite approfondie dite de classe 1 (ou visite PNT) dans un centre médical aéronautique. Le port de lunettes est-il éliminatoire ? Pas forcément, mais il y a un certain niveau de correction à ne pas dépasser. Un déficit auditif peut aussi être une cause d'incapacité, ou des problèmes plus graves (neurologiques, cardiaques, ORL...), sans oublier bien sûr l'usage de drogues qui agissent sur la vigilance.
Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l'arrêté sur l'aptitude physique et mentale

Formation : deux voies royales et gratuites

Pilote de ligne : un bureau dans le ciel
Passons à la formation. Le problème est qu'on ne peut apprendre pas à piloter un Boeing ou un Airbus uniquement dans une salle de classe. Si la formation comporte en effet une partie théorique assez compacte (appelée le "théorique de pilote de ligne" ou ATPL théorique), de niveau scientifique bac + 1, la pratique nécessite forcément un passage sur avion et simulateur. Or une heure de vol sur un Airbus coûte plusieurs centaines d'euros : on comprend tout de suite qu'un individu aura du mal à se payer seul la formation !
D'où l'intérêt des formations gratuites. En France, il en existe deux, véritables voies royales qui permettent de décrocher une licence de pilote de ligne (Air transport pilot licence ou ATPL) en partant de zéro ou, en langage aéro, "ab initio" :
1-/ l'ENAC, ou Ecole nationale de l'aviation civile, située à Toulouse. C'est la plus ancienne. Elle recrute à travers un concours très sélectif à niveau bac + 1 scientifique, appelé l'EPL/S. Il est ouvert aux 17-23 ans issus de classes prépas, ou aux BTS, DUT, DEUG scientifiques. Dans les faits, les maths sup ou maths spé raflent la plupart des places. Il existe toutefois un autre concours (EPL/U) ouvert aux 17-28 ans titulaires de diplômes d'ingénieurs ou de certains titres universitaires. Tous les renseignements sur ces concours sont indiqués précisément sur le site de l'ENAC (enac.fr)
Les heureux lauréats bénéficient d'une formation entièrement financée par l'Etat pour le théorique et la pratique. Ils décrochent donc leur licence de pilote de ligne (ATPL) et sont prioritaires pour passer des tests Air France qu'ils réussissent à 90%. L'ENAC est donc l'antichambre d'Air France (mais n'empêche pas bien sûr de se présenter dans d'autres compagnies).
2-/ le concours CADETS Air France. Il existe depuis 1999 et c'est la compagnie aérienne qui l'organise elle-même. Il est ouvert aux 18-26 ans au minimum en première année de classe prépa scientifique ou détenteur d'un diplôme universitaire scientifique. Pour en savoir plus sur les épreuves, consultez l'excellent site : www.devenezpiloteairfrance.com Si vous réussissez, vous êtes dans la place dès le début de la formation et quasiment sûr de revêtir l'uniforme Air France après 28 mois de formation intensive.

Quelles chances de réussir les concours ?

Pour de nombreux candidats français, la réussite à l'un de ces deux concours constitue l'unique chance de réaliser leur vocation. D'où l'angoisse à la réception des résultats, et parfois l'énorme déception. "Quand j'ai su que j'avais raté, j'étais anéanti", raconte Charles, aujourd'hui agent d'opérations dans une compagnie. Les concours sont difficiles parce qu'ils supposent le franchissement d'obstacles très divers. Si les épreuves de maths, d'anglais, de physique et les QCM de logique sont assez classiques, il faut également passer des tests psychotechniques, psychomoteurs (capacité à coordonner plusieurs mouvements) et psychologiques. Là, vous n'échapperez pas à l'épreuve de groupe où vous devez résoudre collectivement un problème sous l'oeil d'un pilote et d'un psy. Il ne faut être ni trop "perso", ni trop mou, car derrière le pilote qu'elle veut recruter, la compagnie cherche à détecter de futurs commandants de bord qui feront toute leur vie sur les lignes d'Air France. Enfin, dernier obstacle, le fameux entretien personnel où vous devrez tout dire de votre projet, votre motivation, votre connaissance du métier. Evitez de demander si vous pourrez rentrer chez vous tous les soirs !
Alors, quelle chance ? Ces dernières années, au concours Cadets, Air France ne retenait que 48 candidats sur 1000 au départ. Idem pour l'ENAC. Mais depuis fin 2006, la hausse du trafic aérien et les départs en retraite accentue les besoins en pilote. Les compagnies ouvrent donc un peu plus grand leurs portes : une soixantaine de Cadets sont entrés en formation en 2008, et l'ENAC en a recruté 74 ! Peut-être ces chiffres vont-ils augmenter encore un peu, cependant même si vous avez plus de chance, ces concours restent très sélectifs.

Les formations payantes : des autodidactes en aéro-clubs

Pilote de ligne : un bureau dans le ciel
Si toutefois vous ne réussissez pas ou ne pouvez passer ces concours, vous pouvez toujours vous payer vous-mêmes votre formation. Oui, vous avez bien lu : certains n'hésitent pas à débourser la bagatelle de 60 000 euros pour se "payer" leur licence. Comment peut-on faire cela lorsqu'on a à peine 20 ans ou 22 ans et même pas de quoi vivre ?
- D'abord, cette formation peut se faire de façon progressive, à travers un cursus modulaire. Pour décrocher l'ATPL, la licence de pilote de ligne, vous pouvez avaler toute la formation (théorique puis pratique d'un seul coup) ou passer par des étapes intermédiaires. C'est ce que font les passionnés qui ont fréquenté un aéro-club dès leurs jeunes années et pratiqué l'aviation à titre de loisir. Dès 15 ans, on peut apprendre à voler dans un petit avion et obtenir son brevet de base, puis à partir de 17 ans, sa licence de pilote privé (ou Private Pilot Licence PPL). On est alors un aviateur du dimanche mais on n'a pas le droit de piloter à motif professionnel. En passant des modules supplémentaires et en accumulant les heures (fort cher payées), on peut alors décrocher son Commercial Professional Pilot (CPL) ou licence de pilote pro. Avec cette licence et certaines qualifications (comme l'IR qui vous permet de piloter aux instruments de nuit ou par mauvais temps), vous pouvez commencer à faire du travail aérien ou partir vers l'aviation d'affaires. Ceux qui prennent ce parcours modulaire financent donc leur parcours petit à petit, se faisant aider par leur famille, obtenant des prêts, décrochant parfois une bourse (comme celle du Tomato pour les jeunes pilotes), ou travaillant par ailleurs dans des jobs parallèles durant des années ! On peut aussi aller "monter ses heures de vol" aux Etats-Unis où elles sont carrément moins chères.
- On peut aussi faire la formation d'un seul coup en cursus intégré, comprenant la partie théorique, le CPL et l'IR : il faut compter 18 à 24 mois de formation intensive. C'est cher, mais le ratio temps/finance est plus avantageux et l'on est plus vite opérationnel. Les perspectives d'emploi étant bien meilleures depuis quelques mois, il n'est plus fou du tout de tenter l'aventure.
En effet, avec une licence et un minimum d'expérience de vol, on peut tenter sa chance en compagnie aérienne. Air France recrute en plus de ses Cadets des "pilotes professionnels" selon une procédure spécifique. Le besoin accru de pilotes en 2008 et sans doute dans les deux années à venir redonne leur chance aux jeunes pilotes. A condition d'être motivé à mort et de travailler comme un fou, on peut donc obtenir un prêt pour financer sa formation et avoir de bonnes chances d'être recruté à la sortie par une compagnie : pas seulement par la prestigieuse Air France, mais aussi par des compagnies à bas coûts ou des petites comme Corsair, Regional ou Airlinair qui font des liaisons court et moyen-courrier. Sans oublier l'aviation d'affaires qui se développe beaucoup en Europe et offre en ce moment de bons débouchés.

Emploi : attention aux trous d'air

L'emploi pour les pilotes a tendance à évoluer en dents de scie car il est soumis à une série de facteurs économiques et politiques : ces dernières années, de 2001 à 2006, le métier a connu une véritable crise, en partie due à la baisse du trafic aérien après l'attentat du 11-septembre 2001. De nombreux pilotes étaient au chômage, même certains très expérimentés. Du coup, les jeunes pilotes qui se payaient leur formation avaient beaucoup de mal à décoller et beaucoup ont dû prendre une autre activité au sol ou s'orienter vers d'autres carrières aéro.
Mais depuis un an, le trafic aérien repart à la hausse. On construit et on vend énormément d'avions car des pays émergents se développent, la mondialisation s'accentue. Du coup, le réservoir de pilotes au chômage s'est résorbé. Maintenant on craint même de manquer de pilotes dans les trois ans à venir du fait des départ en retraite ! Si vous êtes passionné et prêt à vous préparer correctement, c'est certainement le moment de tenter votre chance. N'oubliez pas toutefois de protéger vos arrières en vous assurant une situation de repli (avec un diplôme d'ingénieur, ou un DUT pour pouvoir travailler dans l'industrie aéronautique par exemple). Pensez aussi à prendre une assurance pour votre prêt. Toutefois, n'oubliez pas que dans ce secteur, un événement imprévu (attentat, épidémie, conflit, crise politique mondiale) peut stopper l'embellie très vite. Ne choisissez pas une formation trop longue car les portes de l'emploi risqueraient de se refermer quand vous arriveriez sur le marché de l'emploi. C'est ce qui s'est passé en 2001 et aussi en 1990 avec la guerre du Golfe.
Pour cette raison, si vous ne réussissez pas les concours, nous vous conseillons le cursus intégré : le vent souffle fort en ce moment, alors dépêchez-vous de vous placer sur la piste d'envol !

Pilote de ligne : un bureau dans le ciel
Pour en savoir plus :
-Vous pouvez vous acheter le numéro hors-série du magazine Volez : Les Carrières aéronautiques, en kiosque jusqu'en mai 2008 puis sur www.volez.com
- l'Espace d'orientation Air Emploi, à Roissy, est spécialisé dans tous les métiers de l'aérien, www.airemploi.org
- Le site d'Air France www.devenirpiloteairfrance.com
- Le site de l'ENAC, www.enac.fr l'école de l'aviation civile française qui prépare également aux métiers de contrôleur aérien et d'ingénieur aéronautique.
- Vous pouvez trouver sur le site de la DGAC (dgac.fr), onglet "espace professionnel", la liste de toutes les écoles de pilotage agréées.


Mardi 08 Avril 2008
Michèle Longour


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