Officier de la marine marchande, l'appel du grand large

L'officier de marine vogue sur les océans du globe à la tête de navires géants. Responsable des hommes, des cargaisons, et rouage essentiel de la mondialisation. Pourtant, les armateurs manque de volontaires.

Qu'est-ce que la marine marchande ?
Un métier très exigeant
Les avantages du métier : salaires, voyages, responsabilités
Devenir officier de la marine marchande
Une évolution de carrière rapide
La reconversion
Adresses, renseignements



Un porte-conteneur de retour
Connaissez-vous le point commun entre des chaussures "made in China", des poulets brésiliens, et du pétrole Saoudien ? Non ? La marine marchande ! 80% des marchandises produites et consommées dans le monde empruntent la voie maritime. Autant dire que le "village global" a plus que jamais besoin d'hommes et de femmes pour sillonner les océans aux commandes d'énormes porte-conteneurs, de pétroliers, vraquiers ou ferries. Pourtant, le monde manque d'officiers de marine marchande. "Pendant des années, on n'en a pas formé assez, explique M.Bourgain qui s'occupe des équipages chez l'armateur Louis Dreyfus. Aujourd'hui avec les départs à la retraite et l'accroissement continu de la flotte mondiale, il y a un manque d'officiers." Il reste cependant difficile d'estimer ce déficit. Car si la flotte mondiale progresse, les officiers français sont de plus en plus en concurrencés par des marins étrangers. "Cela fait un certain temps que l'on n'a pas eu de véritables statistiques en France", estime Charles Narelli de la fédération CGT des officiers de la marine marchande.


Un métier très exigeant

Caroline Lallement aux commandes de son ferry
"J'ai dû apprendre à m'adapter à de nombreuses situations [...] le quart, les manœuvres, le chargement, l'anticollision, et surtout la machine", témoigne Marion Garnier, 19 ans et élève officier en 3ème année à l'Ecole de la marine marchande (EMM) de Marseille. L'officier de marine doit être très polyvalent. Complètement autonome à bord du navire, il lui faut rester prêt à s'adapter à toute situation. Point de vue que confirme Caroline Lallement, commandant de ferry sur la Manche à SeaFrance. "C'est un métier où l'on passe beaucoup de temps à s'adapter à tout : aux situations, aux personnes, à la météo. Tout est toujours en mouvement." Responsabilité et esprit d'équipe sont alors une nécessité pour la sécurité du navire et de l'équipage. Les multiples tâches à réaliser sont autant de défis à relever chaque jour pour arriver à bon port. Impératif d'autant plus stressant qu'il ne s'arrête jamais. L'officier de marine est sans cesse sur le qui-vive. Un incident peut survenir à tout moment. Pendant les traversées, qui peuvent durer jusqu'à 4 mois, il n'y a donc jamais vraiment de repos. Avec de telles conditions de travail, Charles Narelli prévient que le métier peut-être parfois "décourageant."


Salaires, responsabilités, voyages : les avantages du métier d'officier

Marion Garnier à l'EMM du Havre
Pour attirer de futurs officiers, de nombreux avantages ont donc été mis en place. Pas question de tenir un tel rythme de manière régulière tout au long de l'année. Alors, "les périodes de navigation s'alignent souvent sur des périodes de congés équivalentes", explique Marion Garnier. Trois mois de vacances peuvent succéder à trois mois de travail. Être officier de marine, c'est d'abord être cadre, comme dans d'autres secteurs de l'économie française, c'est-à-dire responsable des employés, des ouvriers, ou des matelots. Les rémunérations, qui correspondent à ce niveau de responsabilité, vont de 3 000 euros pour un mécanicien en second, à 5400 euros par mois pour un commandant.
Et puis, ou peut-être d'abord, le métier a tout pour satisfaire un esprit tourné vers l'ouverture et la curiosité. Marion Garnier confesse l'avoir choisi "par amour pour la mer et les voyages". "Un navire de commerce, quel que soit son pavillon, est une tour de Babel. Toutes les nationalités et les langues sont susceptibles de s'y croiser, et de partager un bout de chemin entre Shangaï, Le Havre, Singapour, New York, Rotterdam... L'ouverture sur le monde tutoie la rencontre de gens différents.


Comment devenir officier de la marine marchande ?

Il existe une voie royale pour entrer dans la carrière : l'une des quatre écoles de la marine marchande (EMM). Le recrutement s'effectue juste après le bac sur concours (attention, mieux vaut avoir passé un baccalauréat scientifique). C'est le cas de Caroline Lallement, entrée à l'EMM du Havre en 1996, à 17 ans : " j'ai passé trois années sur les bancs de l'école [ndlr: le tout entrecoupé de stages de navigation] pour obtenir enfin le diplôme d'étude supérieures de la marine marchande".
Le recrutement par l'école peut aussi se faire avec un bac+2 à caractère scientifique. Ce n'est alors plus un concours, mais une sélection sur dossier, avec un entretien. L'étudiant s'engage pour 4 à 5 ans avant d'obtenir son diplôme d'officier de marine. Ce qui n'est pas suffisant. "Le diplôme est une chose, les temps de navigation en sont une autre, ce sont eux qui déterminent ensuite [...] l'obtention des brevets" qui permettent de commander sur un navire explique Caroline Lallement.



Une évolution de carrière rapide

"J'ai effectué ma première 'marée' de commandant à l'âge de 26 ans", se souvient Caroline Lallement. Pour les marins, tout va très vite contrairement à d'autres professions. Un officier peut commander un navire de plusieurs tonnes avant 30 ans. Explication : le manque d'officiers sur le marché du travail, comme le confirme le syndicaliste Charles Narelli : "Très rapidement, ils arrivent à être second sur un navire. Ils accèdent à des postes de responsabilités car il y a un manque de main-d'œuvre qualifiée."
La rapidité de la carrière a aussi une autre explication : le métier est aussi passionnant qu'éprouvant. Il peut s'avérer difficilement compatible avec une vie de famille classique. Selon M. Bourgain, "80% des officiers arrêtent donc de naviguer à partir de 30 ans." Dans la marine, la carrière est aussi fulgurante que brève".


Après la navigation, la reconversion

Officier de la marine marchande, l'appel du grand large
Et après la marine, la marine à nouveau ? Les diplômes des EMM permettent-ils de trouver un autre emploi lorsqu'on ne souhaite plus naviguer ? Oui. Les officiers se reconvertissent assez facilement. Bien souvent, dans le prolongement naturel de leur carrière, au sein du secteur para-maritime. Leur connaissance du monde de la mer, de ses navires et de ses ports en font un personnel choisi. Des secteurs tels que le contrôle des navires (inspecteurs des sociétés de classification), ou le domaine portuaire (pilotes, officiers de port, responsables d'entreprise ou de manutention) ont plus que jamais besoin d'eux.
Mais leur profil est apprécié bien au-delà par des employeurs d'autres secteurs. "Ce sont des gens qui ont des qualités particulières, propres à leur métier", explique le responsable des équipages de la compagnie Louis Dreyfus. Leur formation est équivalente à celle d'un ingénieur, avec en plus ce sang froid, cette capacité à être autonome et à prendre rapidement des décisions qu'ils ont acquis sur les lignes. Aussi retrouve-t-on d'anciens marins dans l'industrie pétrolière, comme les transports aériens ou les assurances... Les officiers de marine font ainsi honneur à leur réputation d'ouverture sur de nouveaux horizons.

Adresses, renseignements

Il existe 4 écoles de la Marine Marchande (EMM) dans 4 grands ports français :
- ENMM du Havre site : http://www.hydro-lehavre.fr/
- ENMM de Saint-Malo site : http://www.hydrosaintmalo.fr/
- ENMM de Nantes site : http://www.hydro-nantes.org/
- ENMM de Marseille site : http://www.hydro-marseille.com/

Vendredi 03 Octobre 2008
Charles Baldini

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