Noël en prison



À la veille de Noël, des étudiants en école d'ingénieurs ont été distribuer les paquets du Secours Catholique à la maison d'arrêt de Fleury Mérogis. L'occasion de découvrir l'univers reclus de la prison, et d'aller à la rencontre des détenus les plus pauvres. Un contact qu'ils ne sont pas prêts d'oublier.




Noël en prison
Un après-midi de décembre, un petit groupe d'étudiants s'approche des murs gris de la prison de Fleury Mérogis. Un peu tendus, ils passent les contrôles, franchissent des grilles et encore des grilles pour arriver à l'intérieur de la maison d'arrêt.

"On était un peu inquiets, et en même temps conscients d'avoir la chance de pénétrer là où peu de gens sont admis à aller", raconte Minh qui comme la plupart de ses camarades n'a jamais pénétré dans une prison. Stanislas, lui, est déjà venu à Fleury une fois. C'est lui qui a organisé la visite avec l'aumônier : "Le Secours catholique cherchait des volontaires pour aller donner des paquets aux plus démunis jusque dans leur cellule. C'est un peu comme rentrer dans l'endroit le plus reculé de la République. Et puis surtout, c'est l'occasion de dire aux prisonniers qu'on ne les oublie pas. Noël, c'est une fête de famille, en prison, c'est très dur".
"Malgré tout, on se demandait comment allait se passer le contact avec les prisonniers, raconte Jean-Benoît. Et puis, on s'est réparti en plusieurs petits groupes. Devant chaque cellule, le surveillant frappait pour prévenir de notre arrivée et il ouvrait avec ses clés. C'était une sensation assez étrange, au début, on osait à peine s'approcher d'eux". 

Dans les paquets, une écharpe, un gel douche, des produits de base

Assez vite pourtant, le groupe se détend. "Le contact avec la plupart a été bon. D'abord, ils étaient très heureux de nous voir et de recevoir leur paquet, racontent Minh et Jean-Benoît qui étaient dans le même groupe. Pourtant, il n'y avait que des produits de base : une écharpe, un gel douche, un paquet de biscuits... L'un d'eux s'est réjoui en disant "ah, c'est le même paquet que l'an dernier" et ça nous a fait un peu mal de penser qu'il avait passé toute son année là.

Les étudiants restent 5 à 10 minutes dans chaque cellule. Le temps de donner le paquet, d'échanger quelques mots. Avec certains, plus bavards, le dialogue va plus loin : "Il y avait beaucoup de jeunes. Ils étaient là pour des courtes peines mais semblaient tout de même déjà marqués par la prison. On a été frappés par leur ennui, la monotonie de leurs journées : l'un d'eux avait payé pour avoir la télé mais il l'attendait depuis un mois et nous a dit qu'il n'en pouvait plus de rester 22 heures sur 24 dans sa cellule."

Comment des hommes peuvent-ils se reconstruire dans un tel lieu ?

La prison de Fleury Mérogis où les étudiants sont allés distribuer des paquets aux détenus.
La prison de Fleury Mérogis où les étudiants sont allés distribuer des paquets aux détenus.
"Les conditions de vie, c'est la première chose qui m'a choqué, raconte Stanislas. Le bâtiment où j'ai été n'était pas rénové, l'état est déplorable. Dans les cellules, beaucoup de carreaux de fenêtre sont cassés et les détenus doivent mettre des cartons pour se protéger du froid en attendant qu'on répare. Il jettent aussi des détritus dans la cour, les lieux sont dégoutants.
Et puis, c'est l'inhumanité du lieu qui est terrible, poursuit l'étudiant. Les détenus que j'ai vus étaient à deux dans les 9m2 de cellule, ils n'ont aucune intimité. Je ne vois pas comment des hommes peuvent se reconstruire dans un lieu comme ça. Moi en tout cas, il me semble que je n'y arriverais pas."

Même sentiment pour Minh : "Beaucoup nous ont dit qu'ils allaient bientôt sortir mais qu'ils savaient qu'ils allaient y revenir. Ils n'envisageaient pas d'autre avenir que la prison. Je crois que l'emprisonnement leur fait perdre tout repère et ne les aident pas à se réinsérer. L'aumônier nous a dit que certains ne savent même plus tourner une poignée de porte !".

Des rencontres marquantes

Toute l'après-midi, les étudiants passent de cellule en cellule. Les gestes sont les mêmes, mais chaque rencontre est différente. Un détenu tarde à répondre aux surveillants puis se présente les yeux rougis et l'air dans le vague. Le surveillant reconnaît que, oui, il y a un peu de drogue, "mais il faut bien les laisser se détendre un peu". A un moment, l'aumônier est appelé en urgence. Les étudiants apprendront plus tard qu'un détenu a fait une tentative de suicide.
Minh est marqué par le sort d'un jeune Anglais : "Il était parti refaire sa vie en Afrique du sud et on lui a demandé de ramener une valise qui devait contenir de la drogue. Il a été arrêté en France alors qu'il ne parlait pas un mot de français. Il m'a paru complètement perdu."

Stanislas, lui, rentre dans une cellule où deux Sri-Lankais sont assis par terre : "Toutes leurs affaires étaient enveloppées dans un balluchon, et ils semblaient hagards, l'un d'eux tremblait. Ils ne parlaient ni français ni anglais mais celui à qui l'on a donné le cadeau avait les larmes aux yeux. Je crois qu'ils venaient tout simplement d'arriver. Ils avaient manifestement perdu tout repères et c'est la rencontre qui m'a le plus ému".

Cela m'a fait réfléchir

L'après-midi se termine et le groupe d'étudiants, accompagnés de l'aumônier, retrouve le monde "extérieur". Pourtant les émotions, le souvenir des rencontres, le  bruit des portes et des grilles qu'on claque résonnent encore en eux. "Le soir, je revoyais les images de la prison", raconte Jean-Benoît.
"Cela a changé l'image que j'avais des prisonniers, exprime Minh en guise de bilan. Je me suis rendu compte que ce  n'était pas forcément des grands criminels, ceux que nous avons vus étaient là pour de petits délits : alcool au volant, un sursis qui saute, des petits vols. Ce sont des gens qu'on l'on aurait pu croiser dans le métro et cela m'a fait réfléchir..."

"Moi aussi cela m'a fait réfléchir, dit Stanislas. La plupart avait dû voler trois fois rien et attendaient leur jugement. Il faudrait analyser la façon dont la justice fonctionne".
Autre découverte, le travail ingrat des surveillants, bien loin de l'image des feuilletons américains : "Ils sont en sous-effectifs et ne sont pas armés. Pour ne pas servir de cible, ils n'ont que les clés des cellules, pas celles des enceintes extérieures. En cas de mutinerie, ils ont pour consigne de ne pas intervenir pour ne pas se mettre en danger."

Au final, les étudiants étaient partis pour donner, ils repartent enrichis, mûris. L'espace d'une après-midi, deux mondes ont esquissé une rencontre. "On pensera un peu plus à la prison en fêtant Noël, c'est sûr".

Dimanche 9 Juin 2013

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