Love Generation : ils font l'éducation sexuelle de leurs frères et soeurs ados



A 24 ans, Thérèse Jacob-Hargot a fondé le mouvement "Love Generation", pour des jeunes adultes de 20 à 35 ans qui veulent s'investir dans l'éducation sexuelle des ados à la façon de grands frères ou de grandes soeurs. Rencontre.




Pouquoi avoir créé ce mouvement ? Vous trouvez que l'éducation sexuelle des adolescents n'est pas bien faite ?

Thérèse Hargot-Jacob, fondatrice de Love Generation.
Thérèse Hargot-Jacob, fondatrice de Love Generation.
Thérèse Jacob-Hargot : "En effet, nous avons une approche différente. Car en réalité, ce n'est pas une éducation qui est proposée le plus souvent mais une information sur les risques liés à la sexualité. On parle d'ailleurs de prévention, et l'on s'arrête là.
Ce qui fait que les premières informations données aux adolescents sur la sexualité se limitent souvent à des consignes sur ce qu'il faut faire pour éviter d'attraper le SIDA, une maladie qui donne la mort, ou de tomber enceinte. On met en avant le danger et tout ce qui est lié à la mort. C'est un message plutôt négatif alors que les adolescents attendent qu'on leur parle d'amour."

Mais ces risques sont bien réels, il faut bien en informer les plus jeunes, non ?

"Oui, il faut informer. Mais aujourd'hui, nous avons du recul et nous voyons par les enquêtes que tout ce qui a été fait est un échec ! Pourquoi y a-t-il tant de grossesses non désirées alors que l'accès à la contraception n'est tout de même pas si difficile ? Pourquoi y a-t-il tant d'avortements et une recrudescence des infections sexuellement transmissibles (IST) ? 

Tout le monde est d'accord pour dire que l'éducation sexuelle des jeunes est un échec. Par contre, certains pensent qu'il faut aller toujours plus loin dans la même voie : distribuer encore davantage de préservatifs, de pilules, faciliter le recours à l'IVG, informer sur les risques de plus en plus tôt...
Or, je suis convaincue que cette stratégie ne va pas marcher...Il faut informer, mais différemment, en partant de ce que vivent plus profondément les adolescents."

Et qu'est-ce qui intéresse les adolescents selon vous ?

"Il me semble évident que ce qui les intéresse en premier, c'est l'amour ! Quand est-on amoureux ? Avec qui construire sa vie ? Comment respecter quelqu'un ? Là sont pour eux les vraies questions, savoir comment on met un préservatif n'en est pas une.

En fondant Love Generation, j'ai donc voulu créer une association qui ouvre des espaces de dialogue, qui redonne du sens à la sexualité. On va aussi parler de contraception ou d'IST, mais  en fin de parcours. Au préalable, on va partir de la connaissance du corps.

Beaucoup de filles ignorent complètement comment fonctionne leur corps, ou quelle est l'action de la pilule sur elles, ce qui explique beaucoup d'échecs de contraception. Nous travaillons aussi sur le désir de grossesse, qui est parfois inconscient. Les femmes ne sont pas des autoroutes : nous vivons avec nos émotions, nos désirs. D'une façon générale, il faut discuter du désir : quand est-on prêt pour faire l'amour, pour avoir un enfant ?"

Quels types d'intervention faites-vous dans Love Generation et quelle est votre formation ?

"L'idée est d'intervenir dans les collèges et lycées. Nous avons plusieurs modules de formation que nous pouvons adapter selon les circonstances et les âges. C'est en fait un programme de développement personnel qui aborde la sexualité sous toutes ses facettes : il y a une partie sur la beauté, une autre sur la confiance en soi, sur l'amour, sur les codes amoureux. A l'heure actuelle, je suis en train de concevoir nos contenus et comme j'ai déménagé à New York, je les teste sur des jeunes francophones aux Etats-Unis.

Personnellement, j'ai un master de philosophie de la Sorbonne et comme je suis belge, j'ai préparé parallèlement un master en études de la famille et de la sexualité qui me donne le titre de sexologue."

Que dites-vous aux ados qui ont déjà une vie sexuelle active ?

Love Generation : ils font l'éducation sexuelle de leurs frères et soeurs ados
"Nous avons le même discours pour tous, ce n'est pas à nous de leur dire ce qu'ils doivent faire ou pas. Nous voulons leur donner une information très complète, leur permettre de dialoguer, de réfléchir. C'est cela qui permet finalement d'être responsable de ses actes. Nous les aidons aussi à se situer à long terme, alors que l'adolescent vit dans l'instant.

Mieux connaître et comprendre leur corps les aide déjà beaucoup. Il y a souvent une dissociation dans leur esprit entre la sexualité et la fertilité. Certaines filles sont stupéfaites de découvrir qu'elles sont enceintes alors qu'elles ont eu des rapports sexuels non protégés ! Pour celles qui ont déjà une vie sexuelle, la contraception hormonale est sans doute la plus adaptée, mais encore faut-il qu'elles puissent la choisir en connaissance de cause. On leur rappelle aussi que le préservatif ne protège pas de tout : l'herpès peut se transmettre de peau à peau ou le papilloma virus (qui peut provoquer des cancers de l'utérus) dans les premières sécrétions sexuelles.

Et puis, en tant que sexologue, j'insiste sur le fait que les expériences sexuelles faites à l'adolescence vont marquer notre sexualité adulte."

Que voulez-vous dire par là ?

"Il est clair que plus on multiplie les expériences, plus on augmente le risque d'attraper une infection sexuellement transmissible, mais il n'y a pas que ça.
Le fait de vivre une relation sexuelle stressante, incomplète, peut entraîner par la suite des difficultés. Ce peut être par exemple une première expérience où ça ne se passe pas bien et où la fille va se moquer du garçon. Ou un rapport qui a lieu dans un endroit stressant, chez papa et maman par exemple où il faut faire vite, cela peut induire un problème d'éjaculation précoce par la suite.
On les aide à comprendre l'importance de l'acte sexuel en le replaçant toujours dans un contexte d'amour, de respect."

Vous êtes un mouvement de jeunes adultes, de 20 à 30 ans, et vous voulez vous adresser aux ados : que leur apportez-vous ?

''Il faut que des 20-30 ans s'engagent''.
''Il faut que des 20-30 ans s'engagent''.
"Nous ne nous situons pas comme des adultes de la génération de leurs parents qui leur donnent des consignes. Entre 20 et 30-35 ans, on est entre les parents et les ados, un peu comme des grands frères ou des grandes soeurs.
L'intérêt de ce positionnement, c'est que l'adolescent a souvent tendance à se situer par rapport à l'adulte en transgressant : il réagit en s'opposant à ce qu'on lui dit de faire. En matière de sexualité, le jeu sera par exemple de ne pas mettre de préservatif ! En s'adressant à eux comme de jeunes adultes, on échappe davantage à cela. On est plus proches d'eux, c'est pour cela qu'il faut que des 20 à 35 ans s'engagent, même si nous travaillons aussi beaucoup avec les parents et les enseignants."

Mais ce n'est pas évident de parler d'amour quand on est soi-même en train de le chercher, non ?

"C'est vrai que les adolescents nous renvoient à nous-mêmes, mais il faut se décomplexer. Dans nos interventions, nous ne donnons pas notre témoignage personnel, mais une formation et nous nous appuyons sur un contenu, nous intervenons de façon professionnelle.

Alors même des étudiants qui ne sont pas en couple peuvent apporter beaucoup. On peut par exemple les faire réfléchir sur le thème : "Qu'est-ce que j'aime dans le fait d'être une femme ? (ou un homme)" Et puis en faisant cela, on s'enrichit aussi beaucoup soi-même, on continue à se former car on est toujours en chemin."

Personnellement, vous vous êtes mariée à 20 ans, et vous avez déjà deux enfants... Qu'est-ce qui vous a permis de prendre cet engagement si jeune ?

''J'ai profité à fond de mon adolescence, et mon mariage était tout sauf un coup de tête''
''J'ai profité à fond de mon adolescence, et mon mariage était tout sauf un coup de tête''
"J'ai une histoire personnelle particulière. D'abord, depuis toute petite, je réfléchis beaucoup à ces questions, j'écoute, je m'interroge sur les expériences, l'amour, le couple. Ce qui fait que le jour de mon mariage, une de mes témoins a pu dire que je me préparais depuis 19 ans, c'était un peu vrai !

Mais j'avais beau être jeune, je crois que j'étais mûre et prête pour cet engagement. Je connaissais très bien mon corps, j'avais choisi mes études, j'habitais seule à Paris et comme j'étais d'une famille nombreuse et que mes parents me donnaient très peu, je devais me débrouiller pour me financer en faisant des jobs.
Et puis, j'ai profité à fond de mon adolescence : j'avais énormément d'amis, j'ai beaucoup fait la fête, j'ai pu séduire et être séduite sans forcément aller jusqu'au bout...
Alors, quand j'ai rencontré François mon mari, on s'est dit qu'on avait les moyens de faire durer cet amour, en se mariant. C'était tout sauf un coup de tête, c'était très réfléchi même si nous étions jeunes."

Sur le même thème : notre rubrique Corps et Sexualité
Témoignage : Etudiants et déjà mariés


Mercredi 11 Juin 2014

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