Le testament de l'Abbé Pierre : une vie réussie



L'abbé Pierre s'est éteint le 22 janvier 2007, à 94 ans. Enfant il voulait être "marin, missionnaire ou brigand". Il fut prêtre catholique, résistant pendant la deuxième guerre mondiale, député, fondateur des Compagnons d'Emmaüs, défenseur des sans-logis, et adversaire inlassable de la misère. Une vie bien remplie, non ?




A 12 ans : chaque dimanche, il voit son père épouiller les pauvres

Le testament de l'Abbé Pierre : une vie réussie
Henri Grouès, c'est son nom, est né à Lyon en 1912. Il est le cinquième d'une famille de huit enfants de milieu assez aisé. A 12 ans, il commence à accompagner son père qui se rend chaque dimanche dans une confrèrie chrétienne où l'on rase et coiffe les pauvres. Il est profondément impressionné par cette expérience et se souviendra toute sa vie de son père en train de débarasser ces hommes de leurs poux.

A 15 ans : il découvre le petit pauvre d'Assise

En 1927, il fait un pèlerinage en Italie. Il va à Rome et à Assise. Là, il découvre le saint de la ville, ce François qui était lui-aussi fils d'une riche famille avant de tout donner et d'épouser "dame pauvreté". Le jeune Henri est ébloui, il a trouvé sa voie : il sera religieux, dans l'ordre des capucins qui cherchent à vivre dans l'esprit du "petit pauvre d'Assise".

A 29 ans, il renonce à l'héritage familial et donne tout ce qu'il possède

Le testament de l'Abbé Pierre : une vie réussie
En 1931, il prononce ses voeux chez les capucins. Il renonce à sa part de l'héritage familial et donne tout ce qu'il a. Et il entre au couvent, car il veut être moine pour prier Dieu dans le silence. Il est loin de se douter qu'il deviendra un homme d'action immensément célèbre. Mais il dira plus tard : "Si je n'avais pas eu ce désert de vie, de renoncement permanent dans l'Amour, dans la perception de l'Adorable, je n'aurais pas pu traverser ma vie ultérieure sans être brisé. "

A 31 ans, il participe à la Résistance et aide des Juifs

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En 1943, il est prêtre à Grenoble. Il aide la Résistance en cachant des jeunes qui refusent d'aller travailler en Allemage et fonde un journal clandestin. Il est arrêté par la Gestapo et s'évade deux fois. Il est un peu le "brigand" qu'il rêvait de devenir étant enfant. Sans l'avoir voulu, il commence ainsi à s'engager dans la vie politique de son pays. C'est à ce moment qu'il prend le nom clandestin d'Abbé Pierre.

A 37 ans, il accueille un ancien bagnard, le premier compagnon d'Emmaüs

Le testament de l'Abbé Pierre : une vie réussie
En 1949, poussé par ses amis de la Résistance, il a été élu... député. Il veut surtout défendre les plus pauvres qui ne manquent pas dans la France d'après guerre. Un jour, il rencontre un ancien bagnard qui a tenté de se suicider. "Moi, je n'ai rien à te donner, lui dit l'Abbé Pierre. Toi, tu n'as rien à perdre puisque tu veux mourir. Alors, donne-moi ton aide pour aider les autres". Avec ce premier compagnon, il fonde Emmaüs, une petite communauté qui rassemble des paumés, des alcooliques, des miséreux. Mais tous travaillent pour aider les autres : ils récupèrent tout ce qu'ils peuvent trouver, rafistolent, bricolent et revendent. Ils bâtissent des baraquements en bois et des abris pour ceux qui n'ont pas de logement.

A 42 ans, il lance son appel à la radio : Mes amis, au secours !

Le testament de l'Abbé Pierre : une vie réussie
Durant l'hiver de 1953-54, les sans logis et les pauvres à la rue sont encore nombreux. Le froid particulièrement vif fait des ravages. Un bébé de trois mois meurt parce qu'il couchait dans la carcasse d'une voiture. Une femme est aussi retrouvée morte de froid son avis d'expulsion entre ses doigts gelés. L'abbé Pierre n'en peut plus. Il lance un appel au grand public à la radio :" Mes amis ! Au secours !" (Lire le texte de l'appel de 54 )
Le résultat est impressionnant : les dons arrivent en masse, des couvertures, des vêtements, et des chèques, beaucoup de chèque. Un petit homme lui remet 2 millions de francs en liquide : "je ne les donne pas, je les rends. Ils appartiennent au vagabond que j'ai été et que j'ai incarné". Il s'appelle Charlie Chaplin.
L'abbé Pierre récolte un demi-milliard de francs : un résultat inespéré qui va permettre de construire des logements, des foyers, et d'aider de nombreuses familles.

A 82 ans, il se bat toujours pour le Droit au logement

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En 1994, il est l'une des personnalités les plus connues des Français. Il soutient des militants de l'association "Droit au logement" (DAL) qui envahissent un bâtiment à Paris. Le Premier ministre le reçoit. Il rencontre les hommes d'Etat et continue de se battre pour l'égalité et le respect des droits des plus pauvres.

Ses citations

"Il ne faut pas faire la guerre aux pauvres, mais à la pauvreté".

"Sur ma tombe, à la place de fleurs et de couronnes, apportez-moi les listes de milliers de familles, de milliers de petits enfants auxquels vous aurez pu donner les clés d’un vrai logement. "

"Malgré toutes les atrocités, malgré la soufrance de tant d'hommes et de femmes (...), oui , je crois que l'Eternel est Amour quand même, que nous sommes aimés quand même, et que nous sommes libres quand même".

"Sur ma tombe, mettez seulement : il a essayé d'aimer".

Samedi 8 Juin 2013

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