"Le carême est un temps pour renaître"



Avant de célébrer la fête de Pâques, durant 40 jours, les chrétiens vivent le carême. Un temps pour se purifier, se libérer, se rapprocher de Dieu... mais comment ? Témoignages de Damien, Bruno et Charles, qui ont choisi un chemin tout personnel.





Damien : il fait un jeûne de Facebook pour s'en libérer

"Le carême est un temps pour renaître"
Il fallait y penser ! Damien Jacquinet a 36 ans et travaille dans la communication. Après avoir vu  l'un de ses amis déclarer sur Facebook qu'il allait s'abstenir du réseau social pendant le carême, il a pris la décision de suivre le même chemin :
"Avec l'application mobile, Facebook s'engouffrait dans mes moindres moments de solitude. J'y allais comme par automatisme trois ou quatre fois par jour. Lorsque j'ai calculé le temps que j'y passais par rapport à l’information que j'en tirais, je me suis rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond." 

A J10, le jeune pro tient le bon bout. Il ne clique plus sur le célèbre petit F cadré de bleu qu'il a désinstallé de son smartphone : "Cela ne me manque pas du tout. Ce qui prouve que je n'en ai pas un foncier besoin. Lorsque je jeûne le vendredi, j'ai une sensation de faim dans la journée. Mais Facebook, je n'en ressens absolument pas l’absence"

Le but du carême, c'est de se libérer des idoles, de se recentrer

 Pourquoi fait-il cela ? Pendant le carême, la plupart des chrétiens pratiquent un jeûne classique, en se privant certains jours de nourriture. Mais on peut être appelé à vivre d'autres formes de jeûne. Damien, lui, a senti que ce "parasitage" de Facebook était une dépendance de trop : "Le but du carême, c'est de se libérer des idoles. J'allais mécaniquement sur Facebook, sans même trop m'en rendre compte. Je n'en retirais que l'impression d'avoir perdu mon temps".  

Il fait même cette analyse : "Quand on a comme moi plus d'un millier d'amis sur Facebook, pour consulter le fil d'actualité, on entre forcément dans l'automatisme du zapping. On passe d'une personne à l'autre en se souciant uniquement de ce qu'elle peut nous apporter."
 
Dans les 40 minutes quotidiennes habituellement consacrées à Facebook, que fait Damien ? "Je me recentre. Dans les transports en commun, je peux enfin m'assoupir ou regarder les autres autour de moi".

Hum... le carême est donc bien la possibilité de faire un gros morceau de ménage dans sa vie... pour se recentrer sur l'Essentiel.

Bruno : il remercie Dieu chaque jour pour la grâce de vivre

Pour Bruno, ce carême est justement marqué par un renouvellement de sa relation à Dieu. "En novembre 2012, j'ai eu la chance de pouvoir parler sérieusement avec mon père 24 heures avant qu'il ne décède, raconte-t-il. Il m'a dit que je me devais d'avoir une vie d'engagement, de volonté d'amour".

Quelques jours plus tard, cet étudiant de 25 ans entre à l'hôpital après un très grave accident. Un traumatisme crânien le plonge durant trois semaines dans un épais brouillard. Lorsqu'il rouvre les yeux , il réapprend à vivre :
"J'ai redécouvert les choses comme un enfant qui découvre le monde. J'ai repris conscience comme un bébé, petit à petit. Vous savez, lorsque j'ai goûté à nouveau à un yaourt blanc, je me suis dit "c'est fabuleux"! C'est  vraiment ce qui s'est passé pour moi. J'ai redécouvert aussi quelle pouvait être la bonté des personnes, surtout celles qui m'ont visité."


"Le carême est un temps pour renaître"
Cette expérience d'un nouveau départ, Bruno en fait son action de grâce, un remerciement intérieur : "Mon véritable effort de carême, c'est de ne surtout  pas oublier la dynamique spirituelle de l'année 2013. Ce renouveau complet. Vous savez, le carême, c'est les quarante jours de Jésus dans le désert avant la crucifixion. La vie qui va vers la mort pour en revenir. Et bien Dieu, mon père et toutes les personnes qui ont prié pour moi m'ont aidé à faire le même chemin, avec cette différence notable que moi,  je ne suis pas grand chose !"

Je lis l'Évangile chaque jour, je parle à Dieu de mes soucis, mes joies et mes efforts


Pour parler de ce "pas grand chose", Bruno évoque le "Mercredi des cendres." Ce jour qui ouvre le carême – juste après mardi gras ! – où au cours d'une cérémonie, le prêtre trace avec des cendres une croix sur le front des chrétiens. En leur "imposant les cendres", il dit à chacun :"Souviens-toi que tu es poussière et que tu retournes à la poussière", un verset tiré de la Bible

De là cette action de grâce de Bruno, cette gratitude qui s'exprime  par une prière plus intense: "Désormais, je commence par lire l'Évangile du jour, puis je parle à Dieu de mes soucis, de mes joies et des efforts que je dois faire pour me rapprocher de lui". 

Enfin, avant que la conversation s'achève, ce "miraculé" nous lâche: "Je remercie Dieu tous les jours pour la grâce de vivre et de mieux comprendre ce qu'il attend de moi."

Charles : il prépare une mission humanitaire pour les chrétiens d'Irak persécutés

"Il aurait été plus facile d'aller en Irak avec des armes, mais on a préféré les couvertures"
"Il aurait été plus facile d'aller en Irak avec des armes, mais on a préféré les couvertures"
D'autres vivent aussi le carême dans le partage et la solidarité… C'est le cas de Charles de Meyer, 21 ans et étudiant en économie à Dauphine. A Noël 2013, il a déjà monté l'opération de solidarité "Noël en Syrie", avec l'association SOS chrétiens d'Orient. Et pour le carême, c'est reparti ! L'équipe de Charles renfile les sacs à dos et va s'envoler pour vivre Pâques… en Irak. Le principe: "réunir des cadeaux, des jouets, des couvertures pour les chrétiens d'Irak persécutés", explique le collectif.

"La France a toujours été attentive aux persécutions des chrétiens d'orient, souligne Charles de Meyer. C'est une constante de notre géopolitique."

Pourquoi l'Irak ? Parce qu'après la Syrie, c'était une évidence: "On a étudié la question 5 minutes. Quel pays pouvait avoir le plus besoin de notre aide sinon l'Irak ? Nous avons ensuite essayé de comprendre ce qui se passait là-bas. Dans un certain sens, il aurait été plus facile d'y aller avec des armes. Nous, on a préféré les couvertures". 

Intéressé par la politique, Charles se veut lucide. Pour lui, "la soif de l'engagement ne peut pas être politicienne. Plein d'autres nous ont rejoints parce qu'on proposait une politique très concrète. Aider ceux qui souffrent."

"Le carême est un temps pour renaître"
Entouré d'une quinzaine de personnes, le jeune homme voit dans cette action un moyen de vivre le carême plus intensément: "Tracter et porter des cartons, on ne peut pas dire que cela soit très exaltant. Mais justement, c'est le signe du don. Certains parmi nous ne pourront pas faire le déplacement en Irak, ce carême doit leur être encore plus spécial".

Le 17 avril, jour du jeudi Saint, certains ne seront donc pas de la partie. C'est le cas de Jeanne, 22 ans, une jeune bénévole engagée aux côtés de Charles : "J'ai remarqué que depuis quelques années, je passais plus ou moins à côté du carême. Et pendant l'année scolaire, on ne peut pas dire que le devoir d'état m'étouffe! Alors ce projet, c'est l'occasion de me donner quelque part sans retenue, totalement". Une façon de rejoindre, à son échelle, l'offrande du Christ en croix.

19 Mars 2014
Paul Piccarreta

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