La Bible, patrimoine de l'humanité


Tags : culture, religion

Une grande exposition, inaugurée à l'UNESCO en février 2010, est consacrée à "la Bible, patrimoine de l'humanité". Texte sacré fondateur des religions juive et chrétiennes, la Bible est aussi une oeuvre majeure qui imprègne les cultures et notre quotidien. Des personnalités de toutes croyances disent ce que peut apporter la lecture de la Bible sur divers plans.




Le ministre de la Culture : un patrimoine et une source d'inspiration

Une exposition qui mêle culture et spiritualité pour favoriser la connaissance et le dialogue entre les peuples.
Une exposition qui mêle culture et spiritualité pour favoriser la connaissance et le dialogue entre les peuples.
"La Bible est vraiment le «patrimoine de l’humanité» c’est-à-dire le patrimoine de chacun sans aucune exclusive, quelles que soient sa foi, son origine, sa philosophie". Ainsi Frédéric Mitterrand, ministre la Culture, inaugure-t-il l'expo "Bible" à l'Unesco, le 8 février 2010, manifestation itinérante qui doit tourner en France et dans le monde. "Car la Bible, poursuit le ministre, dans sa diversité – ancien et nouveau Testaments, Torah et Evangile – à côté du Coran et de tous autres textes sources des spiritualités de notre humanité, est un livre ouvert sur le monde et capable de nourrir toutes les cultures humaines. Toutes les cultures doivent apprendre à se connaître pour mieux s’apprécier et ne pas rester dans la nuit de l’ignorance et du préjugé. [...]

C’est à ce titre que le texte biblique est entré récemment à l’École, en France, en classe de français et d’Histoire, aux côtés d’autres textes fondamentaux – qu’il s’agisse de textes religieux, de grandes épopées, de grands mythes. Nous savons bien que la Laïcité, valeur fondatrice de notre République, n’interdit pas, bien au contraire, de donner à nos concitoyens les instruments pour comprendre les sujets de la peinture ancienne, de la poésie, du théâtre, etc., ainsi que les clefs d’accès et de compréhension à une partie importante du patrimoine de l’humanité."

Pour les juifs : un texte fondateur, source de modernité

Le ''Tanakh'' juif comprend la Thora et ses 5 livres (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), Névyim, le livre des prophètes, et Khétouvim, qui regroupe divers écrits (Psaumes, Cantique des Cantiques, Job, Esther...)
Le ''Tanakh'' juif comprend la Thora et ses 5 livres (Genèse, Exode, Lévitique, Nombres, Deutéronome), Névyim, le livre des prophètes, et Khétouvim, qui regroupe divers écrits (Psaumes, Cantique des Cantiques, Job, Esther...)
Mais qu'est la Bible pour les croyants qui y puisent une parole religieuse ? "Pour les juifs, le véritable nom de la Bible, qui  se  compose en fait de 39 livres, n’est pas la Bible mais le Tanakh, explique le professeur Robert Haïat, vice-président du comité de pilotage de l'expo-Bible à Saint-Germain-en-laye, la première ville où elle a tourné. [...] Selon la tradition, l’origine du Tanakh est d’inspiration divine ce qui fait du judaïsme une religion révélée. En effet, c’est Dieu lui-même qui s’est révélé à Moïse sur le mont Sinaï et qui  lui a donné la Thora en même temps que les 10 Commandements. Ce sont des préceptes universels qui font de la Bible le livre le plus lu, le plus traduit, le plus commenté...

"Il y a donc une universalité de la Bible, poursuit Robert Haïat, mais aussi et surtout, modernité. Elément fondateur de la culture occidentale, c’est la Bible qui a institué la  semaine de 7 jours, adoptée depuis, dans le monde entier, alors que bien d’autres systèmes proposés pour la remplacer sont tombés dans l’oubli. C’est la Bible qui ordonné  l’instauration d’un jour de repos hebdomadaire, concept inimaginable en des temps où l’esclave ne connaissait point de repos. Et, quel que soit le jour de la semaine choisi par les trois religions monothéistes, le fait est qu’au fil des siècles, ce repos s’est imposé et constitue un des repères essentiels de nos sociétés.
C’est aussi la Bible qui, par la célèbre formule ‘œil pour œil, dent pour dent’, si souvent mal interprétée,  a pourtant introduit la notion juridique fondamentale de la proportionnalité de la réparation par rapport à la faute commise."  

La foi biblique est la triple loi d'amour

Le jour de sa bar-mitsva, le jeune juif accède à la lecture de la Thora.
Le jour de sa bar-mitsva, le jeune juif accède à la lecture de la Thora.
René Samuel Sirat, lui, est grand rabbin. "Je suis né en Algérie. J’ai appris à lire l’hébreu à 3-4 ans, avant le français, raconte-t-il. Puis à 12-13 ans, c’est la ‘Bar-mitsvah’, on est capable de se présenter devant l’arche de l’alliance et de lire la Thora pour toute la communauté. Pour moi, la parole de Dieu est comme un roc. Lorsqu’une masse s’abat sur le roc, elle fait jaillir des milliers d’éclats, qui tous appartiennent au roc. [...]

René Samuel Sirat est aussi directeur de la chaire "Connaissance réciproque des religions du Livre et enseignement de la Paix" à l’Unesco. "Il faut rappeler, dit-il, que la foi biblique est la triple loi d’amour, qui résume la Bible toute entière :
1 – tu aimeras ton prochain comme toi-même
2 – tu aimeras l’étranger comme toi-même
3 – tu aimeras Dieu de toute ton âme… "
Le grand rabbin résume ainsi l'enseignement biblique : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse, le reste n’est que commentaires, va et apprends ». Et cet apprentissage dure toute la vie."

Un pasteur protestant : un livre qui peut aider à trouver le sens de sa vie

La Bible chrétienne adjoint à ''l'Ancien Testament'' la lecture du Nouveau et notamment des quatre Evangiles, qui témoignent de la vie de Jésus de Nazareth.
La Bible chrétienne adjoint à ''l'Ancien Testament'' la lecture du Nouveau et notamment des quatre Evangiles, qui témoignent de la vie de Jésus de Nazareth.
Et pour les chrétiens ? "La Bible, c'est d'abord une histoire, et comme toutes les histoires, il faut d'abord la lire, sans essayer de la décortiquer, estime Serge Oberkampf*, pasteur de Saint-Germain-en-laye. Vous y croisez des histoires étonnantes, celle d'Abraham, de Moïse, et pour les chrétiens, cela va jusqu'à l'histoire de Jésus-Christ, qui constitue le "Nouveau Testament". Or cette histoire rejoint tout simplement l'histoire de tout homme ! Prenez l'histoire de la libération du peuple hébreu qui était esclave en Egypte : guidés par Dieu et par Moïse, ils fuient l'Egypte. Ils passent de l'esclavage à la liberté mais se retrouvent dans le désert. Ils sont libres, mais ils n'ont plus rien à manger et regrettent la sécurité de l'esclavage... C'est une histoire universelle dans laquelle nous pouvons nous retrouver !
La Bible peut ainsi aider à s'interroger sur le sens de la vie : naître, grandir, aimer, travailler, souffrir, mourir, n'y-a-t-il rien d'autre derrière tout ça, et finalement, quel est le sens de cette vie ? C'est un des seuls livres qui peut vous aider à vous poser ce genre de questions"...

(* : Nous avons appris le décès du pasteur Oberkampf, le dimanche 11 avril 2010)

Une spécialiste du texte biblique : un sujet d'émerveillement sans cesse renouvelé

Le désert du Néguev, l'un des lieux où furent écrits des textes bibliques.
Le désert du Néguev, l'un des lieux où furent écrits des textes bibliques.
Claire Patier est une spécialiste catholique de l'étude biblique : "J'ai fait de longs séjours sur les lieux où la Bible a été écrite et où Jésus a vécu, dit-elle. Je peux dire que j'ai la chance d'«habiter» la Bible puisque c'est mon travail quotidien ; je la lis avec mes frères aînés : aussi bien les rabbins que les Pères de l'Eglise. Je me délecte avec l'hébreu, langue si belle, langue de la révélation et avec le grec du Nouveau Testament à travers lequel la pensée biblique s'est précisée. Puis je transmets dans des ouvrages ce que j'ai découvert".

"La Bible, explique-t-elle, est Le Livre par excellence où Dieu nous dit tout ce que nous avons besoin de savoir sur Lui, tout ce que nous avons besoin de savoir sur nous-mêmes. De la Genèse à l'Apocalypse, pour qui le lit d'une manière éclairée c'est à dire dans la "tradition" et dans la prière, ce livre est sujet d'émerveillement sans cesse renouvelé : je vois les uns et les autres consolés, éclairés, guidés par ces paroles inspirées, ces paroles qui ne vieillissent pas. Il faut ajouter aussi que, quand on est chrétien, on contemple en Jésus l'accomplissement de la Révélation, l'explication parfaite et complète de la Bible. "

Un islamologue : le Coran se réapproprie les figures bibliques

Pour inaugurer l'Expo-Bible, l'Unesco a aussi invité des représentants de l'islam, autre religion révélée dans un autre livre, le Coran. Ainsi Rachid Benzine, islamologue, chercheur associé à l’observatoire du religieux à l’Institut d’étude politiques d’Aix-en-Provence"En tant que musulman, ce qui m’intéresse, c’est qu’on ne peut pas comprendre le Coran si on ne comprend pas que la parole coranique s’est adressée d’abord à des gens de l’Antiquité tardive (5e siècle jusqu’au 8e siècle de notre ère), des gens qui sont pétris de la Bible hébraïque, des religions païennes, du Talmud. Le discours coranique se réapproprie ces figures là pour en faire autre chose. [...]  Il me semble que nous ne pouvons pas lire un texte religieux sans le mettre en perspective avec d'autres textes tirés d'autres religions.[...] Même si on se déclare contre quelque chose, encore faut-il savoir de quoi nous parlons. Il faut connaître les traditions qui nous précèdent".

Un philosophe : une leçon de patience et de transmission

Les récits bibliques furent transmis de génération en génération, d'abord oralement, puis par écrit.
Les récits bibliques furent transmis de génération en génération, d'abord oralement, puis par écrit.
Autre regard, celui du philosophe Marc Delaunay, enseignant et chercheur à l'Ecole Normale. "La Bible nous enseigne quelque chose de tout à fait remarquable par rapport à la transmission, dit-il : le fait qu’entre Adam et Eve et Abraham il y a 10 générations, entre Noé et Moïse, 10 générations. La Bible nous suggère ainsi une patience nécessaire, et un respect de l'enseignement et de la transmission. Or la déontologie de l’enseignement et de la transmission, c’est le respect de l’autre : forcément l’autre a quelque chose à dire d’important."

L'enseignant y voit un encouragement pour les jeunes "à savoir ce qu’ils ne connaissent pas". "Il faut respecter nos traditions et approfondir nos connaissances", dit-il. Respect de celui qui reçoit, mais humilité de celui qui veut transmettre : "Il importe de s’informer lorsqu’on transmet, ce sont les conditions du savoir et le savoir qu’on transmet. D’autre part, il faut être conscient qu’on ne maîtrise pas ce qu’on transmet. Cela doit nous rendre prudent et modeste."



Samedi 9 Juin 2012

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