L'anorexie : Pourquoi ?

Si les médecins ne se prononcent pas de façon catégorique sur les causes de l'anorexie, on sait cependant ce qui peut l'expliquer ou la favoriser. L'occasion de parler des difficultés de l'adolescence et du passage à l'âge adulte.



Un refus de grandir, une angoisse devant l'avenir

Femme sous les regards, oeuvre de Laurence Maron.
Ce n'est un secret pour personne : l'anorexie frappe à l'adolescence entre 12 et 18 ans, même si le trouble peut persister bien après. Justement les années où le corps se transforme du fait de la puberté, et où tout l'être se cherche : on sait d'où l'on vient, l'enfance, un état normalement sécurisant où l'on est entièrement pris en charge par sa famille, mais l'on ne sait pas très bien (ou même pas du tout) qui l'on sera demain. L'angoisse est donc souvent au rendez-vous.
Chez les filles, les transformations physiques peuvent démarrer très tôt, vers 11 ans ou avant, alors qu'on est encore un bébé dans sa tête. Pas facile d'accepter ce nouveau corps, ces hanches encombrantes, ces seins qui poussent et qu'il faut cacher, et pour finir, ces règles, pas franchement agréables. Le corps est une chose, mais il y a aussi les émotions qui se bousculent. Le regard des autres sur soi change, les filles souvent sont choquées ou blessées par les désirs qu'elles éveillent, premiers regards de possession qui se posent sur elles, ou bien des mots, des allusions : "Mais pourquoi ils ne nous regardent que pour notre c... ?.". Pour peu qu'elles subissent une agression, verbale ou physique, et l'envie de devenir femme peut être être franchement refroidie.
Or l'anorexie traduit quelque part le refus de ce corps d'adulte, et pour les filles cette peur d'être "grosse", de devenir femme, et de devoir assumer toute la sexualité qui va avec : être enceinte par exemple... En maigrissant, on reste un peu dans son corps de petite fille, et même les règles sont stoppées, comme si l'avenir pouvait être suspendu.
"La perversité du monde des adultes a dû un me faire regretter le monde des enfants, raconte une fille souffrant d'anorexie. Lorsque mon corps a commencé à évoquer la féminité et à présager la femme qui naissait en moi, un instinct de survie m'a poussée à inverser le processus. C'est à partir de là que je me suis créée un monde idéal, retrouvant petit à petit et avec délectation un corps neutre de sexualité, presqu'un enfant"...

Un manque d'estime de soi, un besoin d'être aimé et reconnu

Et puis il y a ce besoin affectif qui s'éveille lui aussi, ce besoin d'aimer et d'être aimé présent depuis notre naissance, qui prend une importance nouvelle. L'amour des parents ne suffit plus (A plus forte raison s'ils ne sont pas au rendez-vous). On a besoin d'autres affections, d'autres soutiens. Avoir des amis, pouvoir compter sur eux et compter pour eux, devient presque aussi vital que la nourriture. On se nourrit et on grandit grâce à cette vie de relations. On rêve de grand amour aussi. On tombe facilement amoureux ou amoureuse. Et l'on est d'autant plus déçu que la quête est plus forte. "Au départ, je ne supportais pas le regard des autres sur moi. Sauf un, raconte Coralie, 17 ans. Celui de mon meilleur ami. Il était le seul à savoir, et j'ai cru aux belles paroles qui disent 't'en fais pas, je serai toujours là'. Et puis un jour, une autre fille est entrée dans sa vie, et tout d'un coup, il ne fut plus là. Là j'ai sombré, j'ai réduit mon alimentation. "...
Ceux qui manquent de confiance en eux-mêmes, qui ne s'aiment pas parce qu'ils pensent que personne ne les aime sont sans doute plus fragiles. Le fait de ne plus s'alimenter normalement, ou de vouloir changer son image est, consciemment ou inconsciemment, une façon parmi d'autres d'attirer l'attention, de se trouver une identité, ce que d'autres chercheront par la séduction en multipliant les conquêtes amoureuses, ou bien en se donnant un look ultra, ou en consommant drogues ou alcools... "J'ai un certain pouvoir sur les autres, qui, affolés, regardent impuissants fondre ce corps. j'ai enfin l'impression d'exister, oui, dans cette grande entreprise de destruction, j'existe enfin et je suis reconnue !", témoigne une jeune belge.

Une maladie des apparences influencée par les modes

La top model Elise Crombez sur une pub.
Si les filles sont plus touchées que les garçons par les troubles du comportement alimentaires (anorexie notamment), c'est que l'image du corps de la femme est survalorisée. Et pas n'importe quelle image. Minceur, dynamisme, réussite et beauté sont associés. A contrario, les rondeurs sont moquées. Etre "gros", c'est être fainéant, passif, presqu'incapable. Du coup pour être admiré et aimé, il faut correspondre à cette image idéale.
"Mon père ne s'intéressait pas à moi. Il faisait du jogging, j'ai voulu lui plaire en maigrissant". Une autre jeune fille, anorexique depuis deux ans, reconnaît qu'elle s'est sans doute laissé piéger par cette image : "je vis dans un milieu social privilégié, j'ai de très bons rapports avec mes parents, je fais des études supérieures... Mais je pense que l'image que renvoie la mode a beaucoup joué dans mon cas... en plus, mon ex petit ami préférait les femmes minces. J'ai le sentiment d'avoir intériorisé ce culte de la minceur/maigreur. A qui la faute ? Les créateurs de mode ? Les medias ?"

Un profil psychologique volontaire et perfectionniste

Les milieux de la danse, de la gymnastique, ou de la mode peuvent favoriser l'obsession de la maîtrise du corps.
Pour autant, même si la pression sociale est forte, le comportement qui consiste à modeler son image en se privant de nourriture exige une volonté de fer, signe d'une détresse intérieure très forte. Certains milieux professionnels, certaines activités peuvent renforcer cette quête de l'apparence : le monde des mannequins (dont plusieurs sont mortes ces derniers temps d'anorexie au point que l'Espagne a interdit de défilés les filles trop maigres !), le milieu de la danse ou de la gymnastique... Dans ces cas, le souci d'y "arriver", de garder sa place, de réaliser son rêve écrase tout le reste.
Dans l'ensemble, on remarque que les filles touchées par l'anorexie ont souvent un profil de perfectionnistes anxieuses, soucieuses d'être bonnes en tout, partout. Annaëlle, 17 ans, hospitalisée trois fois en deux ans, raconte : "Au collège, j'était super jolie, super regardée par les garçons, super bonne élève, super sportive. J'était la super Annaëlle, peut-être était-ce trop". Le problème, c'est qu'en se mettant la barre toujours plus haut, elle récolte "trop de déceptions" : "Je voulais 18 à l'école et j'avais 17, je me fixais des temps à l'athétisme et je n'arrivais pas à les atteindre".
Cette volonté de maîtriser toute sa vie, son corps, son poids, sa faim, d'être parfaite, peut presque donner l'illusion à certaines d'être au-dessus de la condition humaine. Autre témoignage : "Je me sens portée par une force immense, étrange ; au début c'est une force fascinante, enivrante, exaltante. Je plane, fière de mes succès : l'aiguille de la balance descend en flèche. La souffrance est presque comme anesthésiée ; j'ai un contrôle presque total sur mon corps, je suis maître à bord, j'ai un pouvoir illimité sur moi, sur ma vie, ma mort."
Pouvoir sur sa vie et sa mort ? Triste illusion. Car s'il témoigne au départ d'une volonté de fer, le comportement anorexique devient, au fil des mois, une aliénation. Plus moyen de faire machine arrière (voir l'article Les dangers de l'anorexie) Prisonnières des conséquences physiologiques et psychologiques de leur maladie, les jeunes n'ont même plus la liberté de demander de l'aide. LA maladie a fini par prendre les rênes de leur vie pour les mener à la mort. "Je vais mal, mais tout va très bien, dit une fille qui pense jour et nuit aux stratégies à employer pour éviter les repas. Ce démon intérieur décide tout à ma place, je ne sais plus qui parle en moi : est-ce lui ou moi ? Qui aura le dernier mot ? Je veux m'en sortir mais je ne peux pas car cela signifierait lâcher mon oeuvre, ma superbe et cruelle oeuvre d'art..."

Chaque histoire est unique

L'histoire de chacun est unique
Si toutes ces raisons peuvent favoriser la maladie, en même temps, chaque histoire est unique. Selon les personnes, différents facteurs peuvent se combiner. Les médecins ne se prononcent pas eux-mêmes, se contentant de quelques constats.
En même temps, le fait de connaître ce qui peut entraîner aux conduites anorexiques peut aider à prendre de la distance, à analyser ses tendances et ses comportements : la nourriture a-t-elle beaucoup d'importance dans ma vie ? Suis-je sensible (très sensible) à mon image, au regard des autres ? Suis-je bien dans ma peau, dans ma féminité, ma masculinité ? Est-ce que j'ai une bonne estime de moi ou ai-je toujours l'impression d'être sans intérêt pour les autres ?
Pouvoir parler de ces difficultés - courantes à l'adolescence - avec quelqu'un, c'est déjà une façon d'avancer, et de trouver des réponses qui tiendront compte de votre histoire, des besoins de votre corps et de votre affectivité. Les troubles du comportement alimentaires donnent de mauvaises réponses (car profondément destructrices) aux questions d'une personnalité en construction. Posez-vous les bonnes questions, mais répondez-y sans vous détruire !

Jeudi 10 Avril 2008
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Qu'en pensez-vous ?

1. Posté par dolced le 13/12/2007 10:50
Une manière particulière de voir la vie, son corps, les autres, l'autorité, et le contrôle en général.

J'ai souffert, mais aujourd'hui je sais qui je suis, avec toujours autant d'exigeance, d'intelligence, mais aussi, beaucoup de tolérance et d'acceptation envers moi-même.

Pour toutes celles qui souffrent, il n'est jamais trop tard.

MAis la volonté, pour s'en sortir, doit être multipliée par 100...

LE courage, il en faut dans la vie. Du matin jusqu'à la nuit.

Et la perfection de vouloir réussir sa vie sans contraintes est mienne.

Dumoins, avec le moins de contraintes possibles !!

ET l'art est un domaine merveilleux pour les femmes créatrices que nous sommes, et le besoin de sublimer que j'ai*

2. Posté par soudain kiliane le 03/03/2008 18:57
Je trouve se site trés intéressant il aréussit a compléter mon devoirs de svt!!!
Je trouve que l'anorexie est une maladie horrible!!!!
Comment ne pas vouloir devenir une femme???

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