L'IVG... et après ?



J'ai vécu un avortement et j'ai du mal à réagir. Comment vais-je pouvoir m'en sortir ?... Les quelques pistes proposées ici peuvent peut-être vous aider à rebondir et à retrouver votre vitalité intérieure et votre joie de vivre qui ont été bien émoussées au passage.




L'IVG... et après ?
Après un avortement, on peut vivre des émotions multiples et se trouver tiraillée entre des sentiments souvent contradictoires. Parfois, après un premier soulagement de se sentir comme libérée "d'un problème", un mal-être indéfinissable s'installe. Mille questions viennent nous hanter : "est-ce que c'était la bonne solution ? J'aurais peut-être pu faire autrement ? Pourquoi me suis-je laissée influencer ? Pourquoi ai-je pris une décision à la va-vite sans réfléchir ?"...

Parfois viennent les larmes, une impression de vide, des insomnies ou des cauchemars, des idées noires, un sentiment de culpabilité, un manque de confiance en soi, de l'anxiété, des troubles de l'appétit...

"De fait, L'IVG touche à des réalités intimes chez la femme, explique une psychologue qui fait de l'écoute dans une association spécialisée, et cela peut avoir de multiples répercussions sur sa vie". Dites-vous donc d'abord qu'il n'est pas anormal de vous sentir mal après une IVG, même des années plus tard !

Est-ce que cela peut durer ? Ma blessure est-elle insurmontable ? Puis-je me faire aider ?.... Ce sont de bonnes questions à se poser pour avancer.

Je n'ai pas oublié : sonnettes d'alarme

En réalité, rares sont les femmes que l'IVG laissent indemnes. "Quelque chose semble s'être inscrit au fond d'elles, comme une trace silencieuse installée", ajoute notre spécialiste. Même si elle est enfouie au plus profond du cœur et du corps et que beaucoup ne laissent rien transparaître, la blessure est pourtant toujours là.

Un rien suffit à la rouvrir. "Ma meilleure amie vient de nous annoncer un verre de champagne à la main qu'elle attend un bébé. Et je n'ai rien compris à ma réaction, raconte Laetitia. J'ai ressenti une tristesse immense m'envahir et je l'ai détestée, elle et sa joie. Je me suis sentie exclue de son bonheur, incapable de le partager ! Je suis partie pleurer dans la salle de bain, toute seule, si seule ! J’ai avorté l’année dernière. Je croyais l'avoir bien vécu…"

Ce genre de réaction inattendue peut être déclenché par un événement anodin : un bébé qui pleure dans le métro, la vue d'une poussette sur un trottoir, un couple enlacé dont la femme est enceinte... "Tout ce qui avait été enfoui revient alors en mémoire et un sentiment de perte et de vide peut vous envahir", explique une sage-femme. Peuvent surgir alors une vague de culpabilité, aussi bien que de l'agressivité ou de la colère. 

Ainsi, malgré notre désir d'aller de l'avant, de donner le change à notre entourage, de faire croire que nous sommes libérées... au plus profond de nous, nous n'avons pas oublié!

C'est mon choix, ça me regarde...

Pourtant beaucoup s'interdisent de nommer leur souffrance et d'en parler. Elles considèrent qu'ayant décidé librement d'avorter, elles doivent assumer seules ce choix et préfèrent se protéger en se murant dans le silence.

"Je ne veux pas tomber dans la déprime et faire pâtir mon entourage d'une décision que j'ai prise, assure Christelle. Si seulement j'avais su la douleur que ça crée dans la tête, j'aurai trouvé un moyen de le garder. Maintenant comme je ne peux plus revenir en arrière, il faut bien que j’arrête de pleurer, pour mon ami, pour les autres et même pour moi !" Mais Christelle ne dort plus et fume sans arrêt...

Celle qui a subi un avortement ignore souvent que d'autres femmes ressentent le même malaise. Qui évoque dans notre société cette souffrance ? L'avortement n'est-il pas considéré comme "un droit" absolu pour une femme ? Alors, une petite voix lui murmure : "Tu as réglé le problème, tu n'as pas le droit de souffrir de cela, puisque tu l'as choisi."

J'ai enfoui la douleur pour oublier

L'IVG... et après ?
Ainsi on peut s'enfermer sur son mal-être, enfouir ses problèmes et survivre comme on peut au risque d'altérer définitivement sa vie future. "Vous savez, c'est terrible d’être enceinte et de ne pas savoir quoi faire ou à qui parler, confie Christine,19 ans. Cet avortement a été le pire moment de ma vie. Mais savez-vous ce qui est le pire pour moi aujourd'hui ? C'est de me souvenir que je suis retournée en classe et que j'ai agi comme si rien ne s'était passé la veille."

Christine a repris sa route comme si rien ne s'était passé... mais elle ne s'accepte plus ainsi ! Elle s'était protégée de la douleur de l'acte et vivait dans une espèce d'anesthésie psychologique. Il lui a fallu nier et refouler ses sentiments, les rejeter dans les profondeurs de son être. Mais le temps a fait peu à peu se lézarder ce mur bâti à coup de volonté et a su faire tomber ses défenses. La réalité que nous voulons fuir nous rattrape toujours un jour...

Accepter de reparler de l'IVG, exprimer sa douleur

Pourtant tout peut finir par s'apaiser si l'on accepte de regarder les faits avec objectivité. "La pacification intérieure ne sera possible que dans la mesure où ce qui a été vécu aura été exprimé", expliquent les accueillants des associations d'aide qui proposent d'abord d'écouter.

Ainsi dans ces lieux on peut se donner le droit de parler, de pleurer, d'exprimer les sentiments qui se bousculent, même s'ils sont contradictoires. S'autoriser à dire ce qu'on a sur le cœur : sa peine, ses doutes, sa colère envers son conjoint, ses parents, son sentiment de culpabilité, etc.

"Je les invite à reparler des circonstances qui ont conduit à l'avortement, de la façon dont cela s'est passé", explique une accueillante. "Quand j’ai su que j’étais enceinte, raconte ainsi Farida, j’ai eu peur d’élever un enfant seule, sans travail. Mes parents m’auraient soutenue, mais, pour eux, c'est l’avortement qui était la meilleure solution."

Face à un(e) écoutant(e), on peut aussi exprimer ses regrets sans craindre d'être jugée : "J'étais tiraillée et je m'en veux d’avoir cédé, poursuit Farida. Maintenant, je me sens seule, vide. Je n'ai plus envie de construire quelque chose : la motivation professionnelle est morte en même temps que toutes mes convictions et mes principes. La grossesse est une chose primordiale dans la vie d’une femme. Maintenant, je pense que je ne mérite plus d'être maman et même si ce n’était qu'un "embryon", comme les gens savent si bien dire. Je sais moi que je n'ai pas laissé le temps de grandir à mon enfant, que je n'ai pas pu le tenir dans mes bras! Si je pouvais remonter le temps!"

Entrer dans un vrai chemin de soulagement

L'IVG... et après ?
Curieusement, ce travail de vérité est nécessaire pour ouvrir un chemin d'apaisement. "Celles et ceux qui ont fait l'expérience de l'avortement (car l'homme peut aussi souffrir de l'option qui a été prise) doivent trouver le moyen de verbaliser leur souffrance, de faire leur deuil et d'exprimer leurs regrets, comme ils le ressentent, tout simplement... mais en toute lucidité", explique un accueillant.

Tandis "qu'escamoter ou minimiser la gravité de l'IVG revient à ignorer la douleur vécue par la personne", poursuit ce spécialiste. Cela revient aussi à minimiser le sentiment de culpabilité dont elle essaie de se libérer. Il ne sert à rien non plus de nier l'importance d'un avortement dans la vie d'une personne en lui disant : "Ce n'est rien, ça passera ! Ça n'est pas grave, tu finiras par oublier". Car la personne répondra : "Mais alors, d'où vient donc cette souffrance en moi que je ne peux maîtriser ?"

"Pour éviter la douleur liée au choix qui a été fait, explique une autre écoutante, pendant des années, des femmes ou des hommes se sont trouvé des excuses, au prix d’une formidable dépense d'énergie intérieure qui a fini par user tous leurs ressorts vitaux".

Une guérison par étapes

Oublier ? Ce ne sera jamais totalement possible. Mais l'on pourra apprivoiser, vivre avec et s'apaiser progressivement pour vivre plus pleinement. Ce chemin de soulagement intérieur est souvent balisé par plusieurs étapes, repérées par les psychologues :
 
  1. tout d'abord sortir du déni : appeler un chat un chat et reparler de cet avortement, de ce qui s'est passé.
  2. Ensuite, accepter et exprimer mon ressenti, même déplaisant, oser écouter le tumulte des émotions qui habitent mon cœur, les nommer en vérité et avancer sans crainte sur ce champ de bataille... qui parasite peut-être tout un pan de ma vie.
  3. reconnaître l'importance de l'acte commis, penser à cette vie interrompue pour pouvoir faire le deuil de cet enfant en lui redonnant sa propre place dans ma vie... et pourquoi pas un nom, "son" nom puisqu'il a existé.
  4. Enfin, une étape importante à ne pas éluder : me pardonner à moi-même ! Cette démarche est parfois complexe et longue : on est souvent plus intransigeant envers soi qu'avec les autres. Mais elle est importante car la culpabilité enferme dans le passé et dans une attitude inexorablement destructrice pour soi et pour les autres.

Après le deuil, la vie renaît

On le voit, ce cheminement n'est pas aisé d'où l'intérêt de se faire aider. Il ne faut surtout pas hésiter ! Car comment aller jusqu'à la racine de cette amertume qui me ronge sinon en déposant mon histoire auprès d'une personne bienveillante qui soit à mon écoute, sans aucun jugement ?

Pour terminer sur une note lumineuse voici ce qu'a écrit Chantal Haussaire-Niquet dans son livre sur son chemin de restauration après une IVG : "Au coeur de l'abîme s'est installée l'immense confiance d'un lendemain en devenir. Cependant, je le sais déjà et je m'y accroche, l'issue me sera visible, reconnaissable par moi-même, au sortir du passage. Le deuil creuse mon désir d'aboutir, donne du sens à l'attente, renvoie à l'espérance du jour qui s'ouvrira enfin sur ce lendemain. Le deuil autorise tout, il doit d'ailleurs tout s'autoriser : le déni, la révolte, les cris et les pleurs. Il doit tout consommer, n'a rien fait épargner pour être capable de restaurer en son temps une parole de vie." (L'Enfant interrompu, éd. Flammarion).

Des associations et des lieux d'écoute post-IVG

 - IVG.net : centre national d'écoute anonyme et gratuite, centre de documentation médicale sur l'avortement. Témoignages de femmes ayant subi une IVG : www.ivg.net/videos


- AGAPA : accueil, écoute, accompagnementde personnes touchées par une interruption de grossesse ou la perte d'un enfant à la naissance. Basée à Paris (mais possède d'autres antennes) : 42 rue St Lambert 75015 Paris Tel 01 40 45 06 36
    www.agapa.fr/


- SOS Bébé : service d'écoute où l'on peut se confier et échanger sans jugement, pour ne pas rester seul : il s'adresse à toutes les personnes, femmes ou hommes,  confrontées à des questions et des situations difficiles concernant la grossesse et la maternité (grossesse imprévue, IVG, IMG, fausse couche, deuil périnatal, risques de handicap, infertilité, stérilité, mal être post IVG) www.sosbebe.org


- La Vigne de Rachel offre un environnement sécurisant pour renouveler, reconstruire, libérer les coeurs brisés par l'avortement. Ce contexte aimant, confidentiel et dénué de tout jugement permet à des hommes et à des femmes d’exprimer et de réconcilier les émotions douloureuses liées à une IVG ou une IMG passées. Le processus de restauration, de renouvellement et de guérison peut ainsi commencer. www.13car.net/vignederachel.htm
 


Vendredi 7 Juin 2013

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