Japon : une rescapée de Sendaï témoigne


Petite lueur d'espérance au milieu de la surabondance des images cataclysmiques reçues du Japon, nous publions ce témoignage envoyé par une survivante de Sendaï, victime du séisme et du tsunami du 11 mars 2011. Message d'une grande dignité dans les valeurs de solidarité et d'humanisme exprimées.





"La vie, ces jours-ci à Sendai, est plutôt surréaliste... Mais j'ai la chance d'être entourée d'amis qui m'aident énormément.
J'ai d'ailleurs pris refuge chez eux, puisque ma bicoque délabrée est maintenant devenue totalement digne de ce nom !

Nous partageons tout : eau, aliments, ainsi qu'un chauffage d'appoint au fuel. La nuit, nous dormons tous dans une seule pièce, nous dinons "aux chandelles", nous partageons nos histoires. C'est très beau, très chaleureux. Le jour, nous essayons de nettoyer la boue et les débris de nos maisons.

Les gens font la queue pour s'approvisionner dès qu'un point d'eau est ouvert, ou ils restent dans leur voiture à regarder les infos sur leur GPS. Quand l'eau est rétablie chez un particulier, il met une pancarte devant chez lui pour que les autres puissent en profiter.

Ce qui est époustouflant, c'est qu'il n'y a ni bousculade, ni pillage ici, même si les gens laissent leur porte d'entrée grande ouverte, comme il est recommandé de le faire lors d'un séisme. Partout on entend : "Oh, c'est comme dans le bon vieux temps, quand tout le monde s'entraidait ! "

''J'aime ce sentiment nouveau, cette disparition de tout ce qui n'est pas essentiel...''

Les tremblements de terre continuent : la nuit dernière, nous en avons eu tous les quarts d'heure. Le hurlement des sirènes était incessant, ainsi que le vrombissement des hélicoptères au dessus de nous. Hier soir, l'eau a été rétablie pendant quelques heures, et aujourd'hui pendant la moitié de la journée. Nous avons aussi eu droit à un peu de courant cet après-midi. Mais pas encore de gaz.
Les améliorations dépendent des quartiers.
Certains ont de l'eau mais pas d'électricité et d'autres le contraire. Personne ne s'est lavé depuis des jours. Nous sommes crasseux mais c'est de peu d'importance.

J'aime ce sentiment nouveau, cette disparition, desquamation du superflu, de tout ce qui n'est pas essentiel. Vivre pleinement, intuitivement, instinctivement, chaleureusement et survivre, non pas en tant qu'individu mais en tant que communauté entière...

Des univers différents se côtoient étrangement: Ici, des demeures dévastées, mais là, une maison intacte avec ses futons et sa lessive au soleil ! Là, des gens font interminablement la queue pour de l'eau et des provisions, alors que d'autres promènent leur chien.

''Tout le monde vous demande si vous avez besoin d'aide''

Puis, aussi, quelques touches de grande beauté : d'abord, la nuit silencieuse. Pas de bruit de voitures. Personne dans les rues. Mais un ciel étincelant d'étoiles. D'habitude je n'en distingue qu'une ou deux... Les montagnes autour de Sendaï se détachent en ombre chinoise, magnifiques, dans l'air frais de la nuit.

Les Japonais sont eux-mêmes magnifiques : chaque jour, je passe chez moi, comme en ce moment même où je profite du rétablissement de l'électricité pour vous envoyer ce courriel et, chaque jour, je trouve de nouvelles provisions et de l'eau sur le seuil ! Qui les a déposés? Je n'en ai pas la moindre idée !
Des hommes âgés, en chapeau vert, passent de maison en maison pour vérifier que chacun va bien. Tout le monde vous demande si vous avez besoin d'aide. Nulle part je ne vois de signe de peur.
De résignation, oui. Mais ni peur ni panique ! On nous annonce cependant des répliques sismiques, voire même d'autres séismes majeurs dans les prochains mois. En effet, le sol tremble, roule, gronde.
J'ai la chance d'habiter un quartier de Sendai qui est en hauteur, un peu plus solide et, jusqu'à présent, nous avons été relativement épargnés.
Hier soir, autre bienfait : le mari d'une amie m'apporte de la campagne des provisions et de l'eau.

Je viens de comprendre, à travers cette expérience, qu'une étape au niveau de l'univers est en train d'être franchie partout dans le monde. Et mon cœur s'ouvre de plus en plus.
Mon frère m'a demandé si je me sentais petite et insignifiante par rapport à ce qui vient d'arriver. Eh bien non ! Au lieu de cela, je sens que je fais partie de quelque chose de bien plus grand que moi.
Cette "re-naissance" mondiale est dure et pourtant, magnifique !"

Témoignage d'une habitante de Sendaï envoyé par email à une amie fin mars 2011.


Mardi 5 Avril 2011

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1.Posté par Samuel Desriac le 03/04/2011 05:44
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Message d'une grande dignité d'une victime du séisme et tsnunami

2.Posté par helene larrive le 04/04/2011 12:38
Oui, c'est exactement ce que j'ai ressenti lors, non pas d'un tsunami, mais des inondations dans le Midi en 2002. Plus d'électricité, d'essence, de téléphone, de portable, d'eau (paradoxe, le Gardon qui coulait clair en apparence était en fait ultra pollué -cadavres-) de télé donc, et un esprit étrange. Des gens chics habituellement pour une fois sans brushing ni maquillage pour les dames, en jean's, hirsutes, nettoyant la boue (toxique) devant leur porte comme ils pouvaient, enlevant des objets divers, chez moi, un énorme congélateur (de restaurant) qui s'était échoué en équilibre précaire devant l'entrée, il m'a fallu demander de l'aide, des kurdes sans papiers aidant tout le monde sans que personne ne se soucie du can't très prégnant dans ce village (l'un d'eux, costaud, avait sauvé un vieux monsieur en le soulevant hors de son jardin à la force de ses bras !) les valeurs étaient soudain changées, devenues réelles et non de spectacle, des gens de toutes part venus aider, les tonnes de vêtements (neufs) distribués en face de chez moi dans une immense salle (car nous ne pouvions laver et nous étions toujours humides et certains avaient tout perdu) j'hésitais à prendre plus d'un jean's pour en laisser à d'autres, on m'en a mis un tas dans les bras en me disant "allez-y, il en arrive encore et on ne sait où les mettre), des trucs marrants aussi, il y avait sans doute par erreur des ... robes du soir élégantes et escarpins ! on s'est amusées à se déguiser, je me suis réconciliée avec des voisins galeristes snobs qui râlaient après les pipis de mon caniche sur leur beau cabanon de jardin (ils n'avaient plus de cabanon, mais un tas de boue infecte à la place) seul le WC demeurait (à nu!) parfaitement propre tel une oeuvre contemporaine... la vie ne fut plus jamais la même ensuite... mais enfin il ne s'agissait pas de radioactivité. Il est vrai que ce furent 15 jours de parenthèse dans la vie d'une village touristique chic qui ensuite laissèrent des traces (bonnes). Avec parfois quelques couacs car tout ne fut pas aussi idyllique : tel le matin où j'étais allée avec un vieux cévenol inquiet pour son fils aux risques de verser à quelques kilomètres du village, accompagnée par un ami (étranger, lui, et comme on dit très "typé") ... je m'arrête, sors avec l'ami cévenol, nous filons par un accès sans nous soucier de l'ami kurde qui à ma demande gare la voiture... et tandis que nous parlons avec la famille (tout va bien)... le fils du vieux cévenol ayant entendu du bruit par derrière est déjà sorti avec une hache dont il menace l'ami kurde qui survient à notre suite (un rôdeur cambrioleur croit cet imbécile)... lequel fuit etc... L'état de nature, quoi.

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