Harcèlement, manipulation : comment réagir ?



Que ce soit sur un lieu d'études, au travail ou même en privé, vous vous sentez harcelé et fragilisé de façon répétée. Que faire ? Comment réagir pour garder confiance en vous et vous défendre de façon efficace ?





Harcèlement, manipulation : comment réagir ?
"Au lycée, comme j'étais bonne élève, on me traitait d'intello et on se moquait"... "Depuis que je suis dans cette école de commerce, aucun autre étudiant ne veut travailler en groupe avec moi"... "Mon responsable me fait sans cesse des reproches injustes"...

Ces situations ont un point commun : une personne ou un groupe se montre hostile ou agressif envers vous, et cela se répète, parfois pendant longtemps...

Les attaques peuvent être insidieuses ou frontales. Ce sont parfois des réflexions cinglantes sur votre physique ou votre travail, des insultes, des mises à l'écart, des surnoms ridicules, des brimades et même des coups, ou bien de l'indifférence hautaine de quelqu'un qui devrait au contraire vous aider.

Ces agressions morales ou physiques sont déjà dures à encaisser, mais le plus dur est sans doute de les voir niées par les autres. Ainsi la mise à l'écart de B., étudiant en école de commerce, a longtemps été ignorée par les reponsables de l'établissement. La victime finit alors par croire que c'est elle la responsable de tout ce qui lui arrive ! "Je suis trop nul", "C'est ma faute, je suis bête", "Je ne sais pas me faire d'amis",  "Je n'intéresse personne de toute façon, etc, etc.".

Mettre des mots sur le harcèlement

Or la bonne nouvelle, c'est qu'on sait maintenant nommer et décrire ces situations : c'est du "harcèlement" moral, un "abus de pouvoir agressif et systématique à long terme" définit le chercheur norvégien Olweus, l'un des premiers à avoir enquêté sur ce phénomène.

Harcèlement, manipulation : comment réagir ?
Les psys comme la spécialiste Marie-France Hirigoyen ont étudié des milliers de cas. Résultat : le harcèlement peut arriver partout, à l'école ou en entreprise, à l'université et même, sur Internet via les réseaux sociaux où l'on peut être victime de cyberharcèlement. Les lieux où la vie de groupe est intense sont hélas à danger.

Le fait d'être timide, peu sûr de soi, nouveau, ou simplement d'être porteur d'une différence (couleur de peau, handicap, accent, défaut ou talent particulier) peut suffire à attirer les foudres du "harceleur". En fait, celui-ci manque lui-même de confiance en lui, il a besoin de s'affirmer et profite d'une certaine supériorité pour dominer, écraser, moquer celui ou celle qui lui paraît plus faible.
Pour être sûr de dominer, il tente d'entraîner d'autres personnes avec lui, ce qui est aisé s'il paraît plus fort, plus à l'aise, supérieur hierarchiquement. Les témoins restent silencieux ou sont anesthésiés. La victime est parfaitement isolée, le piège se referme.

Comprendre le mécanisme dont on est victime est un premier pas pour réagir. Non, vous n'êtes pas le ou la responsable unique de la situation ! Vous êtes victime de harcèlement moral comme des milliers d'autres personnes, et vous pouvez, vous devez  vous défendre.

Sortir de la solitude

"La solitude, tu éviteras", conseille Eric Debarbieux, dans son rapport sur le harcèlement à l'école de 2011. En effet, explique-t-il, "la solitude ajoute à la vulnérabilité des cibles". Non seulement votre isolement peut inciter le harceleur à intensifier ses attaques. Mais vous allez vous-même perdre de plus en plus confiance en vous.
Or, "L'estime de soi se construit par le regard des autres, et à l'adolescence en particulier le regard favorable des parents ne suffit plus, on a besoin de celui des amis, explique le psychiatre Marcel Rufo. C'est pourquoi celui qui se sent seul et incompris peut connaître un vrai trouble".

Plutôt que de serrer les dents, d'avoir honte et de garder les humiliations subies pour vous :
- allez donc en parler aux personnes qui vous entourent  : à l'école ou à l'université, demandez à rencontrer les responsables, l'infirmière scolaire, les enseignants, le directeur ;
- Tournez vous aussi vers les personnes qui vous sont sympathiques et demandez-leur conseil ;
- Confiez-vous à des amis fidèles mais évitez d'étaler vos malheurs sur Facebook ;
- En entreprise, appuyez-vous sur les collègues, les représentants syndicaux, le médecin du travail ;
- Si vous vous sentez vraiment mal, parlez-en à votre médecin traitant et demandez lui de vous indiquer un psy.

Le simple fait de parler, de dire ce qui vous arrive permet déjà de laisser jaillir toute l'émotion qui est en vous : colère, honte, tristesse, agressivité... Cela desserre un peu l'étau qui vous oppresse. Vous pouvez ainsi prendre de la distance et réfléchir à la façon de vous défendre.

Faire valoir ses droits

Harcèlement, manipulation : comment réagir ?
Si le harcèlement se produit au travail, la crainte de perdre votre emploi ou votre stage peut vous paralyser. Le conseil de personnes compétentes (collègues, syndicalistes) est alors très précieux. Une loi de 2002 qui fait du harcèlement moral un délit peut en effet être invoquée. Sans oublier le harcèlement sexuel lui aussi condamné par le Code du travail.

De même si vous êtes victime de bizutage dans une école ou un lieu d'études : depuis 1998, c'est un délit qui peut être puni de 6 mois d'emprisonnement et de 7 500 euros d'amende. Les dérives des week-ends d'intégration étant fréquentes, un numéro d'appel a été mis en place dans chaque rectorat.

Il est parfois bon, si l'on en a le courage, d'aller dire son fait à celui ou celle qui vous harcèle. C'est ce qu'a fait Laurent, dont le blog Oz donne le témoignage. En alternance en entreprise pour son master,  il souffre de l'attitude hostile de son manager qui  l'ignore et ne lui donne aucune consigne. "C'était bien trop lourd à porter, surtout en tant qu'apprenti, débutant", raconte-t-il. Après avoir rongé son frein, il prend finalement rendez-vous avec lui, déverse son sac et lui présente sa démission. Ce départ le soulage. Le manager furieux appelle l'école le lendemain mais Laurent a pris soin d'expliquer son problème à son directeur qui sait à quoi s'en tenir :  son année est sauvée et il retrouve son équilibre.

Gare aux manipulateurs

Parfois la personne qui vous harcèle peut hélas avoir un profil psychologique de manipulateur. Tout son comportement tend à maintenir les autres sous sa domination. Pour cela, il n'hésite pas à pratiquer le chantage, l'intimidation, mais il peut aussi souffler le chaud, faire des compliments, puis soudainement le froid, les réprimandes, les menaces. Il reste flou sur ce qu'il attend exactement, ce qui lui permet ensuite de vous accabler de reproches. Résultat : vous perdez confiance en vous, vous vivez dans la crainte perpétuelle et le stress.

Une situation que certains rencontrent hélas dans leur vie privée et même leur couple ! "J'ai dû quitter mon ami car il était jaloux et possessif à l'extrême, raconte Lisa. Il ne me laissait pas faire grand chose et me rabaissait tellement comme tu es grosse, tu es nulle, tu es ceci et cela. J'en suis arrivée au point de saturation. Il m'a détourné de tous mes amis et hobbies, il ne veut plus voir mes parents non plus. J'ai une forte envie de l'appeler mais je sais que ça ne sert a rien car il ne changera pas."

Comment réagir face à un manipulateur ? Voilà ce que conseille dans la vidéo la psychologue Laetitia Boutry :


Eviter la vengeance

Une chose est sûre : ne gardez pas cette souffrance en vous car elle pourrait vous détruire à petit feu. Et ne cherchez pas non plus à vous venger : vous pourriez à votre tour vous enfermer dans un réflexe d'agressivité et vous mettre à harceler les autres. On sait en effet aujourd'hui qu'un certains nombre de harceleurs ont commencé par être victimes.

Déjouez plutôt les pièges du harcèlement par le haut : ne vivez plus dans la crainte, et aidez aussi les autres à s'en libérer...

Pour vous aider :
- Le site jeunesviolenceecoute.fr offre une permanence d'écoute au 0808 807 700 (appels anonymes et gratuits).
- La page du ministere du Travail www.travail-emploi-sante.gouv.fr/
- Le site de Marie-France Hirigoyen, psychiatre spécialiste du harcèlement : www.mariefrance-hirigoyen.com On y trouve des livres et les coordonnées d'associations.
- Pour les étudiants, le Comité nationale contre le bizutage : http://contrelebizutage.fr/

Lire aussi sur ce site :
Comment réagir face à la violence ?
Peut-on tout pardonner ?


Dimanche 9 Juin 2013

Qu'en pensez-vous ?

1.Posté par AMet le 21/01/2012 19:52 (depuis mobile)
Vous m'avez soulagé ! Merci

2.Posté par Maryline le 01/02/2012 13:44
Merci. Je pense que je vais appliquer la solution de la fuite en premier lieu.

Il faut aussi que j'essaye de ne pas être affectée.

Cela me sera utile pour le travail. Sauf que j'espère pouvoir me mettre à
mon compte. On ne se débarrasse plus facilement d'un ou d'une cliente
que d'une collègue ou d'un patron.


3.Posté par Reine.d.egypte33009 le 06/11/2012 17:08 (depuis mobile)
Bonjour.
Je suis"engluee"dans ce qu un harceleur fait de ma vie. En plus,j ai décroché le pompon:"p.n et "psychotique delirant de type mystique"....super :-/
Lire votre article,me fait prendre courage et espérer... Merci.

4.Posté par siso le 30/11/2013 23:49
je vais vous expliquer ma situation, j'espère avoir des réponses

je suis une étudiante de 16 ans, je suis en seconde dans un lycée jusque la tout va bien.
Dans ma classe il y a 3 autres internes, mais voilà une des 4 filles et manipulatrice, j'ai tout de suite remarqué de part son caractère qu'elle l'était, mais je ne peux pas faire autrement que de rester avec elle et les 2 autres filles qu'elle à manipuler au passage, ( moi je ne marche pas dans son jeux ).
elle à 1 an de plus que moi elle se dit ''mature'' c'est n'importe quoi, il est arrivé que en croisant des gens dans la rue elle nous disent: A lui/ elle je ne l'aime pas ( sans aucune raison)
pour en revenir à ma situation, elle me lance des ''pics'' quotidienement et fait des allusions par exemple si quelqu'un dit qu'il/elle en a marre d'un personne elle va me regardée en gloussant et entraine avec elle les autres filles.
elle se moque continuellement en rigolant avec les autres filles ( moi je fais comme si je ne comprenais pas, je garde le sourire et fais comme si sa ne m'atteignais pas )
mais voilà plus les jours passent plus je me sens mal au lycée, moi qui suis d'ordiaire joyeuse, bavarde je n'ose plus rien dire ou faire de peur d'être moquée..

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