Etre authentique dans sa relation aux autres



Qu'est-ce qu'être authentique ? Peut-on être vrai, avec soi d'abord et avec les autres ? Quand est-on vraiment soi-même ? Un débat organisé le 17 janvier 2009 au Grand Palais à Paris par l'association des "Conversations Essentielles". Pour y répondre, toujours sur le mode de la conversation, des personnalités variées : la psychanalyste Marie Balmary, le moraliste Emmanuel hirsh, le généticien Albert Jacquart, la journaliste Florence Aubenas, l'industriel Louis Schweitzer. Vidéos et réflexion pour aller plus loin.




Etre authentique dans sa relation aux autres
Que ce soit en amour, au travail, en amitié, en politique, on n'a jamais tant parlé de sincérité et d'authenticité ! Regardez : la quête de l'authentique, du vrai, du naturel, de la franchise et du talent brut est perceptible un peu partout. Nous achetons bio, nous prônons le retour au "véritable"... Est-ce la conscience générale d'un monde qui tend vers la surconsommation, la saturation d'un trop-plein de superflu, de superficialité, peut-être aussi la mondialisation, la crise, l'individualisme croissant ? Tout cela suscite l'envie d'un retour aux sources, comme à un paradis perdu, l'espoir d'un nouveau souffle d'humanité. Un besoin d'authenticité en somme ? Mais qu'est-ce que l'authenticité ? Comment être vrai avec l'autre ? Sommes-nous si transparents dans nos échanges avec nos parents, nos amis, nos collègues alors que les modes de communication sont si nombreux ? Et puis, l'authenticité est-elle nécessaire aux "bonnes" relations avec les autres ? Pour vous donner un avant-goût du débat, quelques extraits en vidéo :


Pourquoi est-ce si dur d'être authentique ?

Etre authentique dans sa relation aux autres
Le paradoxe de ce besoin de vérité, de sincérité, c'est que nous sommes des humains changeants, mouvants. "On peut être authentiquement tout autre, du jour au lendemain", fait remarquer Louis Schweitzer. La diversité d'être que nous portons en nous et l'impossibilité de savoir qui nous serons demain ne rend pas la chose facile. Philosophiquement parlant, on en revient à l'éternelle question : "Qui suis-je" ou Qui est "Je"? L'unanimité se fait pourtant dans le débat sur un point : ce "je" si improbable se construit peu à peu et finalement se trouve dans la relation et l'ouverture à l'autre. "C'est le propre de l'Homme, indique Louis Schweitzer d'avoir besoin d'exprimer, de montrer, de partager ce changement, ce mouvement du soi, à l'Autre, et l'amour, c'est une façon de montrer ce mouvement de soi". "Aussi étonnant que cela puisse paraître, on se construit autant soi-même que les autres nous construisent", appuie le généticien Albert Jacquart.

Comment être authentique dans la vie de tous les jours ?

Etre authentique dans sa relation aux autres
Reste donc à pratiquer cette "authenticité" dans la relation aux autres. Quelle place laisser au "Moi brut" et au "Moi poli"? "On se découvre bien plus dans les petites choses du quotidien que lors des "grandes occasions !" estime Florence Aubenas, journaliste et écrivain. Sans doute faut-il distinguer la sphère "publique", très encombrée par les notions d'image, et la vie privée où les relations avec les proches devraient être plus simples et plus "transparentes".

Dans la vie sociale, il est impossible de se dévoiler totalement, "il nous faut toujours passer par l'intermédiaire des conventions et des rites", explique la psychanaliste Marie Balmary. Côté vie privée, les choses devraient être plus simples, mais on constate que même en amour, en amitié et dans la relation la plus confiante, l'authenticité n'est pas forcément synonyme de compréhension : je peux être authentique, mais me faire mal comprendre, ne pas transmettre à l'autre mon vrai ressenti, mon émotion, mon sentiment. Et inversement, il n'est pas toujours facile d'accepter l'autre tel qu'il est ! Etablir une relation "vraie", c'est pourtant tenter de le regarder, enfin, tel qu'il est. Au final, la rencontre de deux êtres authentiques et "transparents" n'aboutira jamais à la fusion, puisqu'ils resteront toujours différents (et changeants).

L'authenticité, pourquoi?

Etre authentique dans sa relation aux autres
Au fil de la conversation, les intervenants en arrivent au constat que l'authenticité, aussi appréciée soit-elle, n'est peut-être pas "suffisante" à assurer de "bonnes" relations. D'autres valeurs font leur entrée dans le débat : le pardon, la liberté, l'amour peut-être, le respect, la pudeur, l'écoute de l'autre... En vieux sage, Albert Jacquard en vient soudain à dire que l'authenticité peut même être "liberticide", si elle vient à empiéter sur le jardin secret de chacun. "L'authenticité, c'est un choix d'expression. Une volonté de s'ouvrir ou pas aux autres, de les laisser plus ou moins venir à soi", reconnaît Louis Schweitzer.

Tentons une synthèse : Dans la vie sociale, professionnelle et politique, la recherche d'authenticité serait plutôt positive et traduirait, selon Emmanuel Hirsch, "une responsabilté : celle de faire avancer les choses ensemble" ou tout simplement un désir "d'honnêteté", de vérité au-delà des injonctions du marketing et d'une société du paraître. Dans les relations interpersonnelles, les choses seraient plus nuancées : à chacun de choisir, en toute liberté, de révéler à l'autre telle ou telle part de soi. S'il y parvient et que l'autre se révèle en retour, alors de cette relation peut jaillir l'imprévu : une nouveauté qui transforme les êtres dans leur nature profonde. Une authenticité dynamique en quelque sorte.

Conclusion Vidéo


Pour en savoir plus

Le site des Conversations essentielles Des articles sur des sujets proches : Accepter le regard des autres Avoir confiance en soi

Mercredi 2 Novembre 2011
Brigitte Tran

Qu'en pensez-vous ?

1.Posté par MOUILLAC le 09/05/2009 11:54
j'arrive peut être un peu tard pour intervenir sur le sujet mais tant pis je suis authentique.
Ne pensez vous pas que l'on peut mettre l'authenticité à trois niveau différents:

2.Posté par MOUILLAC le 09/05/2009 11:57
je n'ai pas fini mon commentaire il est déjà parti....
Donc 3 niveaux : la sincérité (je suis sincère), je suis seul dans mon authenticité.
Je suis honnête avec l'autre car je le convie dans ma sincérité dans mon authenticité.
Je suis loyal avec quelque chose qui me et nous dépasse (la loi, la république, Dieu)
voilà très rapidement ma réflexion.
Philippe MOUILLAC

3.Posté par gilbert talbot le 27/02/2010 21:30
Je reprendrais la thèse de Sartre ; la sincérité, la loyauté, l'honnêteté sont impossibles face à la liberté,( comme le mentionnait aussi Jacquart: : authenticité = liberticide) . Si l'authenticité nous renvoie à un soi immuable, qui se cache en permanence en dedans, sans changement, alors la construction de soi devient impossible, puisqu'il existerait déjà ce soi. Je lui préfère la thèse qui ressort de ce débat ; le soi est une construction qui se fait à chaque jour par notre relation au monde. Être authentique alors, ce serait de laisser transparaître ces changements à nos proches, tout en sachant fort bien qu'une authenticité absolue est impossible, p.c.q. tout n'est pas conscient, loin de là, p.c.q tout n'est pas nécessairement bon à dire, p.c.q. il y a des choses qui pourraient arriver à des oreilles et des bouches malveillantes, p.c.q. on a besoin de ce petit coin bien intime, comme notre chambre à coucher intérieur, notre utérus spirituel, où même notre conjointe ne peut y entrer.

Merci à vous de me permettre de préparer mon point de vue sur cette question qui sera aussi débattue demain à notre café-philo.

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