Est-il déraisonnable de croire en Dieu ?

Croire ou ne pas croire ? L'homme n'a-t-il que ces deux options ? Comment se situer entre athéisme, agnosticisme et foi convaincue ? La foi peut-elle servir à quelque chose où n'est-elle que pure superstition inutile, voire néfaste ? A l'inverse y apporter une réponse définitive, est-ce raisonnable ?



Une quête ancestrale

© 2006 - Benacquista & Barral - DARGAUD
Lors d'un micro-trottoir réalisé sur la foi, certaines personnes répondirent : "La foi, c'est parce qu'on a peur de la mort", "La foi, ça rassure, on sait où on va", "La foi, c'est une assurance tous-risques", "Si Dieu n'existait pas, à qui pourrait-on demander de l'aide" …
Ces réponses nous renvoient à une réalité : de tous temps, les hommes se sont cherché un Dieu. La religion a été "inventée" par les hommes des temps les plus reculés pour se rassurer : grâce à elle, ils savaient désormais d'où ils venaient et croyaient que leur vie ne s'arrêterait pas après leur mort. De plus, cela leur permettait d'invoquer Dieu (ou leurs dieux) pour une multitude de choses : les protéger des catastrophes naturelles, leur assurer de bonnes récoltes, gagner une guerre, faire la loi, rendre justice en son nom (ordalies), prêter serment, leur donner une descendance... Grâce à cette foi, les hommes pouvaient espérer puisqu'ils pouvaient demander aux Dieux d'exaucer leurs prières. Et pour obtenir leurs faveurs, ils n'hésitaient pas à leur faire de nombreux sacrifices, allant parfois jusqu'à offrir le plus précieux : la vie humaine.

Des religions qui ont évolué

Aujourd'hui, les principales religions ne semblent plus reposer sur cette protection matérielle demandée à une transcendance toute-puissante, même si la foi garde en filigrane quelque chose de cet ordre : quel croyant n'a-t-il pas prié Dieu pour obtenir un bien ? Et n'est-ce pas légitime ?
Mais cet aspect a été relégué au second plan, comme si les hommes avaient pris conscience de la "finitude" de notre monde et s'étaient mis à croire en leur propre capacité à créer. L'évolution et le progrès ont en fait mis l'homme en situation d'acteur, n'attendant plus tout de Dieu dans les aspects les plus matériels de sa vie. D'une certaine façon, la raison a chassé la foi.
Pourtant l'homme reste conscient de sa vulnérabilité et de ce qu'il ne maîtrise pas tout dans sa recherche éperdue de bonheur. Il se tourne souvent vers Dieu lorsqu'il est en proie à une souffrance trop difficile à supporter ou quand il ne sait plus très bien où il va.


Des façons de croire différentes

Une quête de sens : cette démarche de foi s'inscrit en fait dans une quête de sens. Il s'agit pour l'homme de donner un sens à la souffrance pour pouvoir la supporter et de donner un sens à la vie pour mieux aller vers son bonheur. La nouveauté de cette approche a opéré un bouleversement dans la conception du "spirituel" : en dehors même de la question de l'existence de Dieu, la religion est devenue pour beaucoup une philosophie, un chemin de bonheur, un repère de valeurs, une école de vérité ou une quête de cohérence. Et dans cette conception, la transcendance semble passer au second plan. La religion peut alors devenir non plus celle qui explique et protège, mais celle qui fixe l'idéal, donne la direction, le cap. Et en cela, elle est certainement utile et raisonnable. Cette nouvelle conception a un mérite : elle devrait permettre de dépasser les clivages religieux qui prennent trop souvent le pas sur ce qui peut rassembler les croyants. Dans cette approche, ce qui rend "croyant", ce n'est plus forcément le fait de croire, dans le sens d'une certitude que l'homme aurait de l'existence de Dieu. Il s'agit plutôt d'une adhésion à une vision élevée de l'homme qui rejoint d'ailleurs en cela la notion d'humanisme.
Affirmer une appartenance culturelle ou identitaire : aujourd'hui, l'accent est fortement mis sur cette façon de croire notamment par l'arrivée massive de populations de cultures différentes dans le monde occidental. La religion, au-delà de son rôle habituel, peut permettre à des hommes et femmes "déracinés" de retrouver une identité, de ne pas se dissoudre dans la culture du pays d'accueil. Une telle démarche n'est d'ailleurs pas réservée aux personnes déracinées : à l'intérieur même de toute société, appartenir à une communauté religieuse plutôt qu'à une autre peut également permettre de trouver une culture ou une identité.
La notion de transcendance : toutes les religions ne lui donnent pas la même place. Mais la notion de crainte étant liée à la transcendance, celle-ci sera vécue de façon différente selon ce qui fait l'essence même de Dieu dans chaque religion. Ainsi, un Dieu d'amour permettra une "crainte d'amour", tandis qu'un Dieu qui serait avant tout un Dieu de Justice inspirera une crainte plus proche de la peur.


Une humanité en marche

Rencontre interreligieuse d'Assise, 1986
Face à la question de la religion, il n'y a pas de réponse universelle : à chacun de trouver SA réponse (ou sa non-réponse). Mais au-delà de la foi, n'est-ce pas l'humanité elle-même qui est en marche ? Partant de la matière qui a donné la vie, l'évolution montre que l'intelligence a pris le pas sur la force : les gros dinosaures n'ont pas survécu alors que les petits mammifères plus intelligents ont pu poursuivre leur évolution, toujours dans le sens de plus d'intelligence. L'homme lui-même a évolué, passant de la loi du talion à une loi plus équitable, plus respectueuse de la vie et prenant en compte l'altérité. Cette évolution reste vraie malgré la barbarie de certains hommes ou régimes politiques qui peuvent nous en faire douter : l'homme va vers plus d'humanisme. Et cet humanisme, qui prend en compte la valeur de toute vie humaine et la richesse de l'altérité, ne nous indique-t-il pas un chemin de rencontre avec l'autre ? L'homme ne ressent-il pas d'ailleurs ce besoin d'aller vers l'autre pour l'aimer et que cet amour est la clé de son bonheur ? En cela, la plupart des hommes croient.
Alors être croyant, ce pourrait être tout simplement faire rejoindre finalité et source : penser que cette évolution n'est pas le fruit du hasard mais qu'elle correspond à un projet. Penser que la source de la vie sur terre (Dieu pour les croyants) se confond avec la plénitude de vie et d'amour vers laquelle l'homme veut aller (Dieu pour les croyants). L'apport de la religion serait donc de nous permettre de faire un lien : "reli – gio = ce qui nous relie" entre cette source et la finalité.

Mardi 08 Avril 2008
Armelle Nollet

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