Egypte : les jeunes découvrent la force de l'action politique


Comme en Tunisie, les jeunes Egyptiens sont descendus en masse dans les rues depuis le 25 janvier 2011 pour demander le départ de leur dirigeant, Hosni Moubarak et la mise en place de la démocratie. Une vraie "révolution" pour une jeunesse jusque-là dominée par l'apathie et la peur.





Egypte : les jeunes découvrent la force de l'action politique
Si "révolution" il y a en Egypte, c'est peut-être en effet dans le soudain réveil contestataire d'une jeunesse jusque-là peu politisée. Ainsi, d'après un sondage réalisé par le Programme des Nations-Unies pour le développement (PNUD) en juin 2010, à peine 6% des jeunes Egyptiens (contre 23% des  Africains du Sud par exemple) s'intéressaient à la politique à cette date ! Moins de 3% d'entre eux se disaient prêts à signer des pétitions ou à manifester, contre 18% des jeunes en moyenne au niveau mondial.

On a mal à y croire en voyant les marées humaines de jeunes, garçon et filles, qui sont descendus dans les rues entre le 25 janvier et le 1er février 2011. "Nous sommes prêts à aller jusqu'au bout, et même à nous faire tuer pour que Moubarak s'en aille", ont crié des manifestants face aux caméras.

Le choc de l'exemple tunisien

"L'exemple" de la révolte tunisienne, largement menée là encore par les moins de 30 ans et les jeunes diplômés a sans doute joué le rôle d'un déclencheur. Un pays arabe, de même religion, et soumis à un régime autoritaire et policier n'a pas résisté à une contestation massive et virulente de sa jeunesse. C'est un peu comme si le départ précipité de Ben Ali avait soudainement marqué la fin de la "culture de peur" décrite par l'étude de 300 pages du PNUD : peur du maître et de l'imam, peur du chômage et du célibat presque obligatoire qui en découle, peur du qu'en-dira-t-on et peur, surtout, de la police omniprésente et souvent brutale.

Ainsi le 6 juin 2010, un homme de 28 ans, Khaled Mohammed Saïd, est mort sur un trottoir sous les coups de deux policiers en civil à Alexandrie. A l'époque, seules quelques centaines de jeunes gens avaient osé descendre dans la rue pour protester et ceux qui l'ont fait ont été interpellés et battus.

La rapidité de la victoire en Tunisie a sans doute aussi frappé les esprits. Et le fait que l'armée égyptienne adopte une attitude pacifique, promettant de ne pas tirer sur la foule, a fait gonfler les rangs des participants, jusqu'à la grande marche du 1er février sur le  Caire. En quelques heures, les jeunes Egyptiens ont commencé à croire qu'ils pouvaient faire "leur" révolution, ils ont pris goût à ses manifestations et à cette liberté nouvelle presque "idéalisée" comme la vidéo réalisée pour appeler au soulèvement populaire.

L'appel à la grande marche sur Le Caire


Prêts à s'engager dans la vie politique ordinaire ?

Reste à savoir, après le discours de Moubarak promettant de préparer la transition et de ne pas se représenter, et les premiers affrontements violents entre manifestants et pro-Moubarak, le 2 février, ce que deviendra cette mobilisation. Dès le lendemain du discours d'Hosni Moubarak, des cars entiers de partisans du raïs ont en effet déboulé sur la place Tahrir, au centre du Caire. L'armée, elle, a appelé les manifestants à rentrer chez eux. Le couvre-feu a été allégé et Internet, coupé par le régime, partiellement rétabli apparemment le 2 février.

Les jeunes, descendus en masse dans la rue de façon pacifique, vont-ils rentrer chez eux ou aller jusqu'à se battre au risque de leur vie, et poursuivre le bras de fer avec le président comme l'y invite l'opposition ?
Sauront-ils aussi, dans les semaines qui viennent, participer à la vie politique pour préparer la transition démocratique ? Rappelons que les 18-30 ans représentent 22% de la population en Egype. Et là encore, l'enquête du PNUD montrait que si  84% des jeunes Egyptiens croient en la démocratie, seuls 11% la placent en tête de leurs priorités. 90% des jeunes sondés donnaient plutôt priorité à la religion (58 % à l'échelle mondiale), et 7% seulement s'estimaient propriétaires de leur destin. L'ampleur des troubles pourraient toutefois les amener à vouloir, une fois de plus, forcer le destin politique de leur pays.


Lundi 28 Février 2011

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