Au Québec, bras de fer entre les étudiants et le gouvernement


Après 4 mois de conflit, les étudiants québecquois espèrent bien faire plier leur gouvernement qui veut leur imposer 75% d'augmentation des frais d'inscription à l'université sur sept ans. Après des manifestations de plus en plus violentes, des négociations ont démarré.





Manifestation d'étudiants québecquois contre la hausse des droits universitaires
Manifestation d'étudiants québecquois contre la hausse des droits universitaires
Après le printemps arabe en 2011, les jeunes Québecquois font leur "printemps érable", du nom de l'arbre emblème de cette province francophone du Canada. La raison de leur colère, c'est une réforme qui prévoit d'augmenter de 75% les frais d'inscription à l'université. Bien sûr, pas en un an : au départ les autorités québecquoises voulaient étaler la hausse sur cinq ans, puis face à une levée de boucliers, elles ont décidé de le faire sur sept ans.

Mais c'est encore beaucoup trop pour la jeunesse québecquoise, habituée à un système universitaire moins onéreux que celui de ses voisins américains. En moyenne, les droits d'inscription à l'université à Montréal sont de 3000 dollars canadiens par an. La hausse de 75% les porterait à 4000 dollars, soit une augmentation globale de 1780 dollars.

Résultat : depuis le début 2012, les manifestations se succèdent à Montréal et l'on ne reconnaît plus les "gentils" québecquois. D'autant plus qu'une autre loi, dite "Loi 78", adoptée le 18 mai 2012 par le gouvernement de la province, a mis le feu aux poudres : elle restreint le droit de manifester sans accord préalable de la police, qui doit être informée huit heures à l'avance. D'autre part elle interdit tout rassemblement à moins de 50 mètres des universités et établissements scolaires et prévoit de lourdes amendes (de 1000 à 5000 dollars par jour pour une personne) pour ceux qui passeraient outre !

La vie active, mais avec un boulet au pied

Ce durcissement a fini par choquer la population québecquoise qui reproche au gouvernement son manque de dialogue. D'autant plus que les manifestations, qui ont continué depuis le 18 mai, ont été réprimées violemment par la police.
"Je les comprends ces étudiants au seuil de la vie active, écrit Perrine Leblanc, écrivain québecquoise, dans une tribune du journal Le Monde du 28 mai. A 25 ans, diplômes de lettres en poche, j'ai terminé mes études avec le fardeau d'une dette de 25 000 dollars canadiens (19 415 euros). La vie active, peut-être, mais avec un boulet au pied".

Choqués par la "loi 78" qui restreint la liberté publique de manifester jusqu'à l'été 2013, des milliers de Québécois ont donc rejoint les étudiants et descendent dans la rue tous les soirs pour protester contre elle avec des casseroles.


Des négociations enfin ouvertes

Le gouvernement québecquois a donc fini par accepter de s'asseoir à la table de négociation avec les représentants des étudiants. Des pourparlers ont  commencé, le lundi 28 mai.
"Je me présente ici sans être fermée à rien, avec ouverture", a déclaré la ministre de l'Education, Michelle Courchesne, évitant de répondre directement à la question de savoir si le gouvernement était prêt à assouplir sa position sur la hausse des frais de scolarité.

Pour les étudiants, la discussion doit nécessairement porter sur les droits de scolarité, ainsi que sur la loi spéciale controversée interdisant les manifestations. Si Mme Courchesne "refuse d'aborder les frais de scolarité et la loi 78, c'est sûr qu'on peut sérieusement douter du temps qu'on va passer autour de la table", a dit Gabriel Nadeau-Dubois, porte-parole de la Classe, le plus radical des syndicats étudiants.

Au même moment, tout près de là, la police a arrêté 84 manifestants. En créant un attroupement, les jeunes ont eu les mains liées dans le dos avec des fils de plastique blancs avant d'être placés à bord d'autobus, parce qu'ils avaient commis une infraction au code de la route, punie d'une amende de quelque 400 dollars, sans inscription au casier judiciaire.

Le soir même, quelques centaines d'avocats, dont beaucoup en toge noire, ont marché en silence à Montréal pour protester contre la loi 78 qu'ils considèrent comme une atteinte à la liberté de manifestation. Puis la marche de la population au son des casseroles s'est déroulée pacifiquement.

Une chose est sûre pour les étudiants : les cours et les examens au Québec ne reprendront pas avant août 2012, et beaucoup espèrent que leur mouvement permettra d'arriver à un retrait de la hausse des frais d'inscription.

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Mardi 29 Mai 2012
La rédaction

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