''Accepter le don d'organes, c'est aider à sauver des vies'



Infirmière anesthésiste dans un hôpital public d'Ile-de-France, Léa encourage le don d'organes. Elle explique l'enjeu de ce combat et invite chacun de nous à accepter ce don et à porter la carte de donneur. Un don qui permet de participer à la chaîne de la vie.




Pourquoi avez-vous choisi de promouvoir le don d'organes ?

''Accepter le don d'organes, c'est aider à sauver des vies'
"Pour la vie ! D'accord, ça ressemble à un cliché : tout le monde est pour la vie... mais quand vous avez la chance de voir et de parler avec des gens qui "revivent" (selon leurs propres termes) après une greffe, que vous voyez l'espoir dans les yeux d'un enfant qui va bénéficier d’une greffe (comme lors d'un de mes stages sur Necker), alors dire que j’encourage le don d'organes "pour la vie" n'est plus un cliché : c'est du réel, du vécu.

C'est vrai que j'ai de la chance. Participer à cette chaîne, aider avec mes petits moyens à promouvoir le don d’organes et ainsi permettre que ces heureux événements se répètent encore et encore, voilà ce qui me motive. C'est transformer un événement tragique, pour qu'il ne reste pas uniquement négatif mais qu'il fasse naître l'espoir chez d'autres.

A qui les organes prélevés servent-ils ?

A tous, à nous-mêmes ou bien à nos proches (nos parents, nos frères et sœurs, nos enfants) : tous peuvent avoir besoin demain d'un organe pour vivre. Donc, en bref, tout organe peut être utile à tout moment, à n’importe qui : toi, moi, mon voisin, mon ami ou un inconnu.

Est-ce que je peux choisir à qui donner en priorité ?

Non, impossible : le don est anonyme. On ne sait pas (même nous, les soignants) à qui va le ou les organes prélevés. Et inversement, le receveur ou les receveurs ne savent pas qui est le donneur. Le don d'organe est fondé sur l'anonymat et la gratuité.

Ne peut-on pas fabriquer des organes artificiels, plutôt que d'en prélever sur des personnes décédées ?

Les "organes artificiels" existent depuis de nombreuses années : dialyse pour le rein, cœur artificiel, circulation extracorporelle ou pompe ventriculaire gauche (appelée souvent "cœur intracorporel"), respirateur, etc. Mais ces outils ne peuvent maintenir une personne en vie que temporairement.
Actuellement, il n'existe rien de mieux que les dons d'organes humains pour permettre la survie dans de meilleures conditions pour de nombreux patients.

Est-ce qu'on vérifie que la personne est bien morte avant de prélever ses organes ?

Bien sûr et ce constat est fait après de multiples examens de contrôle. Avant de déclarer qu’une personne est décédée, il faut passer par plusieurs étapes, qui font l'objet de protocoles. Dans le milieu professionnel, on parle alors de "mort cérébrale", c'est-à-dire qu'il n'y a plus d'activité cérébrale.
En bref, il est IMPOSSIBLE de prélever des organes sur une personne si cette dernière n’est pas morte.

Est-ce qu'il y a un risque qu'on ne réanime pas un donneur potentiel "pour avoir ses organes" ?

Non ! Nous ne sommes pas des "marchands de tapis". D’ailleurs, les soignants n'ont strictement rien à gagner à faire des prélèvements d’organes… ce sont des heures de travail en plus, des nuits blanches, etc. Ils le font pour donner à des gens, les futurs receveurs, la chance de vivre plutôt que de survivre, de croire en l'avenir plutôt que de vivre au jour le jour en pensant : "Demain, je peux ne plus être de ce monde".

Combien d’organes prélève-t-on chez un donneur ? Lesquels ?

Un film sur l'histoire d'un jeune en attente de poumons.
Un film sur l'histoire d'un jeune en attente de poumons.
Tout dépend de l'état des organes. Il est certain qu’une personne jeune ayant une vie saine peut donner plus d’organes que les autres.
Finalement, ce sont les chirurgiens qui décident en fonction des résultats des examens et de l'état de l’organe lors du prélèvement.

Dans la liste des organes pouvant être prélevé, il y a le cœur, le foie, le poumon, les reins... Je ne parle que du don d’organes, mais il existe aussi d'autres dons : de cornée, de peau, de moelle…

Est-ce que le corps du donneur est respecté ? Est-ce qu'il garde une apparence normale ?

Oui, toujours. Cette personne donne gratuitement ses organes pour aider d'autres gens à vivre ; il fait le plus beau cadeau qui soit à des inconnus. Comment ne pas respecter quelqu’un qui à décidé de faire ce geste alors qu’il était en vie ? Respecter son corps pendant et après le don est le minimum que tout soignant peut faire pour l’en remercier. Le corps garde bien sûr une apparence normale, comme celui de n'importe quel autre opéré.

Combien de temps prend le prélèvement et où va le corps ?

C'est variable. En fonction du nombre d'organes prélevés, du nombre d'équipes chirurgicales qui doivent intervenir. C’est une organisation très complexe, car les équipes peuvent venir de différents endroits, pas forcément de l'hôpital où se trouve le corps du donneur. C’est très minuté, chaque seconde est précieuse : n'oublions pas qu’à l’autre bout de la chaîne, d'autres équipes sont en train d’endormir ou de préparer le ou les receveurs.

''Accepter le don d'organes, c'est aider à sauver des vies'
Avant d'entamer toute démarche, il faut l'accord de la famille. C'est un moment très difficile pour tout le monde (proches du donneur et professionnels de santé).
C'est là qu'est utile la carte de donneur, aussi bien pour la famille (qui ne se pose plus la question de savoir si le proche décédé était pour ou contre le don d’organes) que pour les soignants : avec cette carte, il est plus simple de venir demander l'autorisation de prélèvement à la famille.

Cette personne décédée aurait souhaité donner ses organes, si possible. Elle a pris cette décision de son vivant, c'était sa volonté. C'est une aide précieuse de savoir ce que le patient voulait, ce que notre proche voulait. Une fois l'accord confirmé, le corps est transporté du service de réanimation au bloc opératoire, et remis à la famille après les prélèvements.

Quels sont les droits de la famille du donneur face au prélèvement de ses organes ?

Comme dit précédemment, avant tout prélèvement, on demande à la famille son autorisation. C'est elle qui décide. C'est pourquoi en discuter de son vivant avec ses proches est très important pour que notre décision soit respectée. D'où l’utilité de la carte de donneur : l'avoir sur soi, toujours (même si on en a discuté avec sa famille) peut rappeler notre choix dans un moment douloureux. La carte de donneur est une aide à la discussion et à la prise de décision mais en aucun cas une autorisation de prélèvement.

Peut-elle savoir si les greffes ont réussi, qui a reçu des organes de ce proche décédé ?

Non, encore et toujours, l’anonymat est le fondement du don."

Interview recueillie par Priscille Leroy
 
 
 Pour aller plus loin :
 
www.france-adot.org/ : Fédération des associations pour le don d'organes et de tissus humains. Les différents types de dons, réponses à vos questions, témoignages, etc. Magazine "Revivre", newsletter.
 

www.dondorganes.fr/   : Site sur le don d’organes de l'Agence de biomédecine. Le parcours du don, chiffres clés, etc. Page Facebook

www.greffedevie.fr/   : Fondation "Greffe de vie" : le don d’organes, sa promotion, quizz, actualités, concours. Les blogs : "Don de Vie", "Passeport de Vie", "Charlotte Valandrey: le blog de la marraine de la fondation Greffe de Vie". Page Facebook

8 Juin 2013

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